« C’est officiel, la Commission européenne vient de rejeter l’enregistrement du Save Europe Act en tant qu’initiative citoyenne ». Les mots de l’influenceuse identitaire Eva Vlaardingerbroek sont encore serrés par la colère dans cette vidéo qu’elle publie sur le réseau social X (ex-Twitter) ce 22 juillet. De fait, ce même jour, on peut trouver (exclusivement en anglais, désolé chers auditeurs) sur le site « Citizen’s initiative » les motifs de ce rejet dans un document disponible ici.
Un rejet purement idéologique
Officiellement, le texte serait « manifestement contraire » aux valeurs de l’Union, notamment à l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux et à l’article 2 du traité sur l’Union européenne. En clair : vouloir préserver la continuité ethnique et culturelle des peuples européens constituerait une discrimination fondée sur la race ou l’origine.
La Commission ajoute que les critères retenus – origine occidentale ou non – seraient discriminatoires. Elle ajoute que le texte ne constituerait pas une « véritable proposition législative » mais un « véhicule pour des messages offensants ou caricaturaux ». On notera l’élégance du vocabulaire : quand des Européens demandent simplement de ne pas devenir minoritaires chez eux, on parle de caricature, quand d’autres exigent l’ouverture illimitée, on parle de valeurs.
Pourtant, le Save Europe Act n’élude pas l’aspect concret de son idéal de préservation de l’Europe. L’initiative, déposée le 8 juin, demandait « un acte de l’Union établissant un moratoire temporaire sur les nouveaux canaux d’immigration non occidentale, y compris les visas d’études et de regroupement familial », tout en réformant le système d’asile, en renforçant les frontières et en prévoyant « la remigration systématique et accélérée des migrants en séjour irrégulier, des demandeurs d’asile déboutés et d’autres catégories de migrants non-Européens dont le maintien sur le territoire constitue une charge sérieuse pour les États membres ».
À cela, Bruxelles répond que ce moratoire, fondé sur « la continuité ethnique et culturelle des peuples autochtones d’Europe » face à ce que l’initiative nomme le « remplacement démographique », ne reposerait pas sur des critères de gestion migratoire, mais « sur l’origine ethnique, culturelle ou civilisationnelle des personnes concernées ». Conclusion : discrimination raciale et ethnique, contraire à l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux et aux valeurs de l’article 2 du traité sur l’Union européenne. L’article 4, paragraphe 2, sur les identités nationales ne saurait, selon la Commission, justifier une telle exclusion.
Valeurs européennes contre valeurs de l’Union européenne
Mais alors, quelles sont ces mystérieuses « valeurs européennes » auxquelles ce texte s’oppose ? Comme les fameuses « valeurs républicaines », elles sont souvent protéiformes. On peut cependant en trouver une définition particulièrement orientée idéologiquement dans l’article 2 du traité de l’Union européenne qui nous fait bien comprendre que le mal est présent à la racine :
« L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes. »
On a l’impression de lire la profession de foi du parti de Raphaël Glucksmann, c’est merveilleux.
Face à ces valeurs, pourtant, on retrouve les valeurs européennes traditionnelles portées dans ce Save Europe Act, ses signataires et par Eva Vlaardingerbroek et Martin Sellner, les deux activistes à l’origine du projet. Lancé le 30 mai à Porto, il a déjà rassemblé près de 600 000 signatures préalables : Viktor Orbán, Santiago Abascal, Éric Zemmour et d’autres y ont apposé leur nom. Le 15 juillet encore, une centaine de militants se tenaient place du Luxembourg, face au Parlement, avec des T-shirts « REMIGRATION » et une brouette de signatures, ainsi que nous l’évoquions dans un précédent article.
« Nous irons en justice », a déclaré Eva Vlaardingerbroek. Même sans l’aval de la Commission, le texte fait son chemin et trouve de plus en plus d’écho, et les voies de recours sont encore nombreuses pour cette initiative citoyenne unique.


