Il est des dimanches d’août où la politique française, au lieu de somnoler sous un parasol, se transforme en étude d’huissier. Le 2 août, David Lisnard a sorti sur X non pas le canon de 75, mais le carnet à souches. Destinataire : Gabriel Attal. Montant : 19,58 euros. Une somme choisie en hommage à la Constitution de 1958, puisque l’ancien Premier ministre promet « la plus grande réforme institutionnelle » depuis la naissance de la Ve République. À Paris, même le recyclage sait prendre des airs de révélation.
Attal, photocopieur haute définition
Le maire de Cannes reproche à son jeune concurrent d’avoir repris plusieurs propositions de Nouvelle Énergie : décentralisation, référendums, réforme de la justice, quotas migratoires, diminution du nombre de fonctionnaires ou encore retraite comportant une part de capitalisation. On croyait assister au lancement du programme Attal ; Lisnard y voit plutôt la réédition de ses œuvres complètes, avec une couverture plus jeune, une photographie mieux éclairée et le même papier glacé.
Les idées circulent, les déficits restent
La formule est délicieuse : très attaché au droit de propriété, Lisnard adresse une facture « à tarif très attractif ». Après avoir nationalisé les dépenses et mutualisé les déficits, le macronisme découvre donc la libre circulation des idées. Les dettes restent au contribuable ; les programmes, eux, voyagent en première classe.
Édouard Philippe, pompier après l’incendie
Édouard Philippe n’est pas davantage épargné. Lors de leur débat du 6 juin à Taverny , Lisnard avait opposé sa volonté de « changer de système » aux prudences de l’ancien Premier ministre : dépenses publiques, bureaucratie, nucléaire, impuissance régalienne. En résumé, Philippe explique aujourd’hui comment réparer la machine dont il a tenu le volant hier. C’est tout le charme de la politique française : l’incendiaire revient volontiers comme expert en sécurité incendie, surtout lorsque l’Élysée apparaît au bout du couloir.
La rupture : le terme à la mode
Attal et Philippe partagent ainsi une difficulté de famille : comment se présenter en hommes de rupture après avoir été les intendants successifs du même règne ? L’un promet le grand chambardement institutionnel après plusieurs années au cœur du pouvoir ; l’autre médite gravement sur les déficits après son passage à Matignon. Ils ont administré le logiciel, mais jurent désormais avoir trouvé le bouton « réinitialiser ».
Lisnard : le changement, c’est maintenant
Lisnard cherche, lui, à imposer une autre ligne : moins d’État partout, davantage d’État là où il est indispensable ; moins de normes, davantage d’autorité ; moins de centralisme parisien, davantage de libertés locales. Que l’on partage ou non son programme, sa facture possède une vertu : rappeler qu’en politique, l’antériorité des idées compte moins que le courage de les appliquer.
Petite facture, addition salée
Reste à savoir si Gabriel Attal paiera les 19,58 euros. À ce tarif, la dette française ne sera certes pas épongée. Mais la note politique pourrait être beaucoup plus salée. Et celle-là, comme souvent sous le macronisme, finira peut-être dans la boîte aux lettres du contribuable.


