Face aux incendies, Laurent Nuñez s’emporte contre ceux qui mettent en doute les moyens de l’État, tandis qu’Emmanuel Macron appelle à l’unité nationale. Mais entre les avions annoncés, les appareils réellement disponibles, les livraisons repoussées et l’aide étrangère, la communication gouvernementale semble parfois voler plus haut que les Canadair.
Beauvau s’enflamme
Laurent Nuñez est en colère. Non contre les flammes, qui ont l’impolitesse de ne pas lire les communiqués de Beauvau, mais contre ceux qui comptent les avions. « Il faut arrêter de dire que notre flotte n’est pas renouvelée, c’est une flotte diversifiée », tonne le ministre.
Le gouvernement dispose de douze Canadair, de huit Dash, d’hélicoptères, d’Air Tractor et même, désormais, d’un A400M. Une véritable armada, n’est-ce pas ? Mais la réalité est tout autre : dans le ciel, vendredi, seuls cinq Canadair étaient opérationnels. Sept le lendemain. La différence entre la brochure et le brasier tient donc en quelques appareils cloués au sol, selon les témoignages de pilotes de la Sécurité civile.
L’unité nationale en guise d’extincteur
Emmanuel Macron, lui, appelle les Français à rester « unis ». C’est devenu le seau d’eau rhétorique de l’Élysée : lorsque l’État manque de moyens, il distribue de l’unité nationale. Ça coûte pas cher… sauf pour la crédibilité. Il aime à nous rappeler de son zézaiement enfantin « C’est nous qu’on a tout bien fait ! ».C’est bien connu que ce sont les méchants incendies d’extrême droite (ou russes, au choix) qui viennent contrecarrer les plans du gouvernement pour le décrédibiliser.
Le président assure que la production des Canadair a été relancée et que l’exécutif « fait face ». Fort bien. Quatre appareils ont été commandés : deux sont attendus en 2028, deux autres en 2032. Pour éteindre l’incendie de 2026, il faudra donc prier pour que les flammes aillent dans le sens du calendrier administratif.
Canadair, Dash et baignoire volante
Un Canadair emporte 6 000 litres et peut écoper en douze secondes. Le Dash, qui transporte 10 000 litres d’eau ou de retardant, doit retourner se ravitailler au sol.
Quant à l’A400M, nouveau saint-sacrement de la communication gouvernementale, il peut larguer 20 000 litres. Impressionnant, certes. Mais les pilotes rappellent qu’un feu ne se combat pas avec un grand geste télévisé : il faut des rotations rapides, répétées, au plus près du sinistre.
L’A400M doit regagner une base pour refaire le plein. Une baignoire volante, peut-être ; une noria de Canadair, non. Les caractéristiques des différents moyens aériens sont présentées par le ministère de l’Intérieur.
Les pilotes brisent la communication
C’est précisément ce que dénonce Grégory Prats, chef de noria : deux avions sur un feu d’une telle ampleur, c’est insuffisant ; il en faudrait quatre pour obtenir une action efficace.
Éric Durand, pilote et syndicaliste, décrit une flotte vieillissante, des pannes, une maintenance qui ne suit pas et des pièces détachées qui arrivent quand elles le peuvent — sans doute par la voie lente de la souveraineté heureuse. Une situation dénoncée publiquement par plusieurs pilotes de Canadair.
L’Europe intervient, la Suisse aussi
Alors Paris demande l’aide de l’Union européenne. Sept avions et quatre hélicoptères sont mobilisés par plusieurs pays à travers le mécanisme européen de protection civile.
Et voici que la Suisse envoie aussi deux Super Puma. La Suisse, rappelons-le, n’est pas membre de l’Union. Elle parvient pourtant à manifester sa solidarité sans drapeau bleu, sans hymne bureaucratique et sans conférence sur les valeurs européennes. Voilà qui est presque provocateur.
Tout fonctionne, sauf les avions
Personne ne nie l’héroïsme des pompiers, des pilotes et des personnels au sol. Justement : leur courage mérite mieux que la colère d’un ministre vexé par l’arithmétique.
Depuis des années, on promet, on commande, on reporte et l’on baptise chaque retard « montée en puissance ». Le vocabulaire, lui, est toujours pleinement opérationnel.
Quand cinq appareils volent sur douze, le problème n’est pas celui qui compte. Le problème, c’est ce qui ne décolle pas.


