Le dimanche 7 juin, emboîtant le pas à Emmanuel Macron, Gérald Darmanin a expliqué que la mort de Lyhanna, vraisemblablement tuée par un homme ayant échappé à la justice, ne posait pas la question de moyens mais plutôt celles de la lenteur et du manque de priorisation.
Il a donc demandé aux procureurs généraux de reprendre « l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70.000 dossiers, d’ici au 14 juillet, dans le sillage de l’affaire Lyhanna. Le ministre de la Justice s’exprime dans le cadre d’une conférence de presse.
Soulignons le fait que Gérald Darmanin connaît le nombre approximatif des dossiers « des plaintes qui touchent les enfants » : qu’en avait-il fait avant la mort de Lyhanna ? Les morts de Lola et d’Élias n’avaient pas suffi à lui faire sentir l’urgence de les traiter ? La révélation des 15 à 20 000 enfants prostitués alors qu’ils ont été confiés par l’État aux bons soins de l’ASE, c’est-à-dire encore l’État, n’était pas un signal d’alerte suffisant ? La mansuétude surprenante des juges dans les affaires de prostitution de mineurs n’était pas pour lui un objet de scandale ?
Rémy Heitz, procureur général près la Cour de cassation, déclarait le 8 juin : « Je peux le dire solennellement : s’il y a bien un sujet sur lesquels les magistrats ne font preuve ni de légèreté ni de désinvolture, ce sont les affaires qui concernent des enfants » : c’est faux.
Pour Gérald Darmanin, qui n’a jamais démissionné d’aucun poste quels que soient les piètres résultats de ses politiques et les dysfonctionnements majeurs constatés sous sa tutelle, la faute en revient aux magistrats. Des magistrats en nombre insuffisant, qui ne suivent pas ses circulaires, alors que c’est si simple de les suivre.
Car depuis son arrivée place Vendôme, Darmanin a pris 64 circulaires en 2025 et 50 en 2026, 114 en un an et demi. Plus d’une par semaine. Comme le souligne l’USM, « la circulaire n’est-elle pas ainsi devenue un outil de communication politique plutôt qu’un levier d’amélioration du fonctionnement de la justice, car quand tout est prioritaire, plus rien ne peut l’être ? […] C’est commode : cela exclut toute responsabilité politique, alors même que l’exigence de moyens supplémentaires n’est pas une revendication corporatiste mais la condition objective d’un droit garanti par la Constitution, celui d’un procès juste et équitable et dès lors d’une justice efficace, dont vous êtes précisément les garants. »
Qu’a fait Gérald Darmanin en débarquant au ministère de la Justice après avoir été le ministre de l’Intérieur ayant laissé le Stade de France aux mains des racailles et Lola aux mains de sa meurtrière ?
Il a priorisé. Il explique aujourd’hui qu’il suffisait de suivre cette priorisation pour éviter que Lola meure. Regardons sa circulaire du 27 janvier 2025 : deux « priorités d’action », « la lutte contre les organisations criminelles et le narcotrafic », et « les violences aux personnes », qui se déclinent elles-mêmes en « les violences faites aux femmes », « les faits commis au préjudice des enfants » (pourquoi cette absurde litote ?!), « les actes antisémites, antichrétiens et antimusulmans, les faits d’apologie du terrorisme ou de provocation directe à des actes de terrorisme, la radicalisation violente ou le séparatisme », « les faits commis en raison de l’orientation sexuelle », « les violences commises contre les personnes dépositaires de l’autorité publique » !
Voilà : prioriser tout en même temps avant que Macron et Barrot n’expliquent eux-mêmes qu’il faut déclarer la guerre à la drogue, nouvelle priorité, et que Laurent Nuñez, fort de son expérience de préfet de police de Paris, ne fasse comprendre à toutes ses troupes que la seule vraie priorité consiste à aller arrêter aux quatre coins de la France tous les opposants de droite à Macron, surchargeant intelligemment les tribunaux de malheureux ayant posté sur Facebook leur sentiment vis-à-vis du président, de quelques dizaines d’agriculteurs syndiqués ayant manifesté, de militants nationalistes ayant déployé des banderolles ou de six cathos ayant chanté devant une église, qui ont écopé de 48h de garde à vue…
Remarquons au passage comme la justice fonctionne quand elle reçoit un afflux de contrevenants : elle expédie. Sur plus de 570 gardes à vue liées aux violences survenues lors des célébrations de la victoire du PSG en Ligue des champions, seules trois personnes ont été condamnées à de la prison ferme.
Alors Sébastien Lecornu, Le Premier ministre, aura eu beau réunir ce mardi 9 juin au matin cinq ministres (Intérieur, Justice, Santé, Éducation nationale et Égalité entre les femmes et les hommes) pour évoquer « de nouvelles mesures concrètes » en faveur de la protection de l’enfance, parce que l’affaire Lyhanna « traduit en réalité un véritable fait de société et un drame qui suscite l’effroi à travers tout le pays », soyons lucides : rien ne changera. Lola, Élias Thomas n’ont rien fait changer. La justice française est toujours lente, débordée et partisane.
Les prisons sont pleines de gens qui ne devraient pas y être, et incapables d’accueillir les vrais coupables.
La faute à qui ? À Macron qui a promis des milliers de place de prison il y a dix ans et que ne les a ni construites, ni financées ; et à Darmanin qui demande qu’on vide les prisions et qu’on ne les remplisse pas : comme le dit l’USM, « les décisions de non-incarcération ou de libération que vous imposez pour limiter la surpopulation carcérale, tout en prônant la fermeté, sont assumées par les magistrats, au risque d’être accusés de « laxisme ». »
Mais Darmanin a expliqué qu’il ne démissionnerait pas car selon lui les Français ont besoin de lui.
Dieu nous préserve.


