
« Le lundi au soleil, c’est une chose qu’on n’aura jamais », chantait Claude François. Pourtant, cette semaine, la France profite bel et bien d’un soleil de plomb, au moins jusqu’à jeudi. Une chaleur intense qui n’empêche pas certains de perdre toute mesure dans leur analyse du phénomène.
Dans un entretien accordé au Monde le 21 juin, Inès Seddiki, fondatrice de l’association Ghett’Up, estime que les jeunes des quartiers populaires seraient parmi les premières victimes du réchauffement climatique. En cause, selon elle : des quartiers plus minéralisés, des logements dégradés, l’absence d’espaces verts, les déserts médicaux ou encore des emplois plus exposés à la chaleur. Autant de facteurs qui entraîneraient un véritable étouffement « physique et psychologique ».
Sur le fond, certains constats sont difficilement contestables. Les îlots de chaleur urbains existent. Les passoires thermiques frappent davantage les ménages modestes. Et les vagues de chaleur touchent plus durement les populations précaires.
Mais l’analyse développée par Le Monde révèle surtout une tendance désormais bien installée : celle qui consiste à hiérarchiser les souffrances.
Car enfin, qui parle des étudiants ?
En Île-de-France, les résidences universitaires sont saturées. D’après le réseau des Crous et le ministère de l’Enseignement supérieur, près de 2,8 millions d’étudiants sont accompagnés chaque année, tandis que seulement 175 000 places en résidence universitaire sont disponibles. Selon une enquête du magazine L’Étudiant, l’offre de logements Crous ne couvre qu’environ 7 % des besoins. Beaucoup d’étudiants survivent dans des chambres de 9 ou 10 m² sous les toits, transformées en véritables fours l’été, tout en consacrant parfois plus de la moitié de leurs revenus à leur loyer.
Qui parle également des retraités qui hésitent à allumer un ventilateur ou une climatisation de peur de voir leur facture d’électricité s’envoler ? Qui parle des ouvriers du BTP, des agriculteurs, des livreurs ou des habitants des zones rurales confrontés à des déserts médicaux parfois bien plus sévères qu’en Seine-Saint-Denis ?
À lire certains articles, on pourrait croire que les quartiers populaires seraient les grands oubliés de la République. La réalité est pourtant plus nuancée.
Depuis vingt ans, les programmes de rénovation urbaine pilotés par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) représentent des montants considérables. Le Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain est doté de 14 milliards d’euros, dont 10,7 milliards de subventions, afin de transformer 447 quartiers prioritaires. Quant au premier programme national de rénovation urbaine, il a mobilisé près de 48 milliards d’euros d’investissements. Des chiffres rappelés aussi bien par l’ANRU que par la Fondation iFRAP.
On est donc loin de territoires abandonnés par l’État. Et il est inutile de rappeler que nombre de ces aménagements sont assez systématiquement dégradés par ces mêmes « chances pour la France ».
Autre singularité du raisonnement développé : lorsqu’Inès Seddiki évoque les ouvertures de bornes à incendie ou les baignades sauvages, la responsabilité individuelle semble disparaître. Si des jeunes ouvrent des hydrants en pleine sécheresse ou se jettent dans la Seine, ce ne serait pas leur faute, mais celle d’une société qui ne leur offrirait pas suffisamment « d’îlots de fraîcheur ».
Quant aux habitants qui dénoncent les nuisances ou les dégradations, leur discours serait aussitôt renvoyé au « mépris » ou à la rhétorique pseudo raciste du « grand remplacement ».
Cette logique idéologique n’a rien de nouveau. La convergence des luttes non plus.
Lors de la canicule de 2023, Greenpeace France expliquait dans un article intitulé « LGBTQIA+ et écologie : des luttes communes ? » que les personnes LGBTQIA+ figuraient parmi les populations particulièrement vulnérables aux effets du dérèglement climatique en raison des discriminations qu’elles subiraient. L’organisation établissait même un lien direct entre causes LGBT et combat écologiste.
Hier les femmes, avant-hier les LGBT, aujourd’hui les habitants des quartiers populaires : chaque phénomène naturel semble devoir être relu à travers une grille idéologique gauchiste.
Le paradoxe est là. À force de vouloir désigner des catégories particulières de victimes, on finit par oublier une évidence : la chaleur ne demande ni l’origine, ni la religion, ni l’orientation sexuelle avant de devenir insupportable.
La véritable fracture n’est peut-être pas climatique, mais médiatique.
D’un côté, des populations dont les difficultés sont immédiatement transformées en causes nationales parce qu’elles s’inscrivent dans les grands récits contemporains : discrimination, racisme, climat, intersectionnalité.
De l’autre, l’étudiant enfermé dans ses 10 m² sous les toits, le retraité qui ferme ses volets pour économiser l’électricité, l’ouvrier qui coule du béton à 38 degrés ou l’agriculteur dans son champ.
Cette France silencieuse, celle des oubliés, continue pourtant d’exister. Et c’est bien elle que Radio Courtoisie continuer à défendre : le pays réel.
