27 millions d’euros pour la visite du pape ? Derrière ce chiffre brandi comme un scandale, la réalité est bien moins accablante pour le contribuable.
La visite du pape en France donne lieu à plusieurs titres alarmistes sur son coût. 20 Minutes en offre un bon exemple : « Une visite historique avec un budget de 27 millions d’euros… mais qui va payer ? » La réaction du lecteur est certainement immédiate : 27 millions d’euros pour quatre jours de visite du pape, alors que les finances publiques françaises sont déjà sous tension ? Est-ce encore le contribuable qui va devoir sortir le portefeuille ? N’a-t-on pas d’autres priorités pour notre budget ?Pourtant, un examen plus attentif de la réalité derrière ces insinuations permet de relativiser largement ces inquiétudes. Et autant le dire, elles traduisent davantage l’aigreur laïcarde de certains de nos confrères qu’une quelconque menace pour le portefeuille des Français.
Tout d’abord, ces 27 millions d’euros ne constituent pas une facture adressée à l’État français. Il s’agit du budget global annoncé par l’Église de France pour organiser la visite de Léon XIV : accueil des participants, logistique, aménagement des sites, sonorisation, écrans, encadrement et organisation des différents rassemblements… De quoi accueillir le million de participants attendu sur l’ensemble du déplacement, selon le diocèse de Saint-Denis.
Alors, qui doit financer cette somme ? Très majoritairement, les catholiques eux-mêmes. L’Église a lancé une collecte nationale. Environ 5,5 millions d’euros avaient déjà été réunis début septembre. S’y ajoutent le mécénat, les dons d’entreprises, les grands donateurs, la vente de produits dérivés et, éventuellement, des ressources propres de l’Église, comme l’explique le site officiel du Vatican.
Première conclusion : lorsqu’une communauté organise un événement avec son propre argent et fait appel à ses propres fidèles pour le financer, il est difficile d’y voir un scandale de dépense publique.
Néanmoins, un tel événement nécessite évidemment un dispositif de sécurité conséquent : jusqu’à 14 000 policiers, gendarmes et militaires doivent être mobilisés rien que le premier jour à Paris. La facture risque donc d’être élevée et, cette fois, c’est bien l’État qui paie. Mais plusieurs éléments doivent être rappelés.
D’abord, Léon XIV n’est pas seulement le chef spirituel de l’Église catholique. Le pape est également un chef d’État étranger. Lorsqu’un chef d’État vient en France, il appartient aux autorités de s’assurer qu’il puisse être reçu et protégé correctement, puisque cela engage notamment notre crédibilité diplomatique. Inutile, donc, de crier à la laïcité en péril.
Ensuite, si de tels moyens sont engagés, ce n’est pas uniquement pour assurer la sécurité du pape et de sa délégation, mais également celle du million d’hommes et de femmes qui se retrouveront sur place. Il n’y a rien d’extravagant à ce que l’État se préoccupe de la sécurité de ses citoyens sans s’arrêter au fait qu’ils sont catholiques. L’État va peut-être, pour une fois, honorer ses fonctions régaliennes : sécurité, ordre public, protection d’un chef d’État étranger et continuité de la vie publique.
Enfin, si le dispositif à déployer est aussi important et coûteux, c’est aussi parce que la situation sécuritaire de notre pays est alarmante et déplorable. Autrement dit, l’État paie en partie le prix des politiques menées ces dernières décennies. Pour ne donner qu’un exemple de la manière dont cette insécurité peut se traduire : au moins 16 attentats islamistes ont dû être déjoués depuis 2024. Et cela, ce n’est pas la faute du Vatican.
Un point de comparaison mérite enfin d’être évoqué : le G7 d’Évian, en juin dernier, a coûté 20 millions d’euros aux Français pour la seule partie organisationnelle. Si le coût du dispositif de sécurité n’est pas encore connu, certains élus ont interpellé le gouvernement afin de connaître le coût réel de toute cette mascarade. Nous pouvons déjà en proposer une estimation en prenant en compte le nombre de policiers et de gendarmes mobilisés, la logistique mise à leur disposition, les heures de formation et de préparation, etc. Le coût public réel se situe probablement autour de 50 millions d’euros. Un coût qui, d’ailleurs, ne comprend pas les nombreuses dégradations que les black blocs opposés au sommet ont imposées aux commerçants et aux habitants. Il est permis de douter que les fidèles venus à la rencontre du pape se mettent, eux, à détruire les rues.
D’un côté, donc, la venue du pape, principalement financée par les fidèles et l’Église, pour un événement ouvert au public qui suscite l’engouement de près d’un million de personnes prêtes à se déplacer pour l’occasion. De l’autre, un sommet qui a coûté environ le double, intégralement financé par les Français, qui n’avaient pourtant pas leur mot à dire sur la tenue de l’événement. Un sommet fermé au public et qui a, en outre, pesé sur l’économie locale. À ce stade, le scandale semble donc davantage médiatique que budgétaire.
Rappelons enfin que, si l’on veut réellement parler d’économies, l’immigration nous coûte toujours près de 50 milliards d’euros par an : de quoi inviter le pape 1 852 fois…
Liselotte Dutreuil


