Il fut le Premier ministre le plus sérieux de la Ve République — du moins selon la légende dorée de Matignon. Trois ans à gouverner comme on tient un tableur Excel : avec méthode, rigueur et peu de chaleur. Le voilà candidat pour 2027 sous les couleurs d’Horizons, un parti dont le nom promet un voyage… vers peu de nouveauté.
50 milliards et zéro nouvel impôt
Philippe promet 50 milliards de baisses d’impôts de production, aucun nouvel impôt et un déficit ramené à 2 % du PIB. Problème : à Matignon, le déficit est passé de 2,9 % en 2017 à 2,3 % en 2018, avant de remonter à 3 % en 2019 — 2,1 % hors effet CICE — tandis que la dette restait à 98,1 %. Réduire la dépense publique ressemble toujours à la promesse d’arrêter de fumer le 1er janvier : on y croit, une semaine.
Immigration : déjà la main sur le robinet
Il veut désormais « mettre fin à l’immigration subie », restreindre l’immigration familiale, instaurer des quotas économiques et durcir les expulsions. À Mayotte, il promet même de « fermer totalement les vannes ». Seulement, le plombier connaît déjà la tuyauterie : Premier ministre, il avait fait voter la loi asile-immigration de 2018, durci le droit du sol à Mayotte et présenté en 2019 vingt mesures pour « reprendre le contrôle » de l’immigration, avec déjà des quotas professionnels.
Le souvenir des Gilets jaunes
Même impression de déjà-vu sur la fiscalité. Philippe propose aujourd’hui un moratoire fiscal. En 2018, pourtant, la hausse de la taxe carbone nourrit la crise des Gilets jaunes avant d’être suspendue. Une taxe peut être excellente en théorie ; elle l’est moins lorsqu’elle bloque le rond-point entre votre domicile et le supermarché.
Retraites, nucléaire, école : encore lui
Il veut faire travailler plus longtemps et introduire 10 à 15 % de capitalisation dans les retraites ? Son gouvernement avait déjà engagé une réforme en 2020, passée au 49.3 avant d’être rangée avec le Covid. Il promet de relancer le nucléaire ? En février 2020, il signait le décret fermant Fessenheim. Sa « révolution scolaire » arrive, elle, après les réformes Blanquer menées sous son gouvernement, notamment le dédoublement des CP-CE1.
L’ex toxique de 2027
Reste à vendre l’après-Macron quand on a soi-même tenu la boîte à outils pendant trois ans. Édouard Philippe ressemble alors à cet ex toxique qui vous a déjà fait du mal et revient avec un regard grave : cette fois, il a changé. Il a compris. Il fera mieux. Il ne recommencera plus. Et il apporte un bouquet de belles promesses : moins d’impôts, moins de déficit, plus de fermeté, davantage de nucléaire, une école « révolutionnée ».
Le problème avec les ex, c’est qu’avant de croire au nouveau discours, on peut regarder l’historique de la relation. Sa martingale consiste à se présenter comme l’homme du changement après avoir été l’homme du pouvoir. Son principal contradicteur s’appelle son bilan.


