
Les écologistes réduisent le taux de cadmium des engrais, au nom de la santé des Français mais au péril des agriculteurs.
Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les sols, mais surtout dont la concentration est accentuée par les activités humaines, en particulier les engrais minéraux phosphatés. Ce métal est classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Il s’attaque aux reins, aux os et peut favoriser certaines maladies chroniques. La très grande majorité des engrais phosphatés utilisés en France sont importés, principalement du Maroc et d’Afrique du Nord. Ces phosphates naturels contiennent naturellement du cadmium mais ils augmentent donc la quantité de cadmium retenu par les plantes. On le retrouve alors dans des aliments du quotidien, même transformés: céréales, blé, riz, pâtes, pommes de terre, viennoiseries, biscuits.
Le taux de cadmium autorisé en France, est aujourd’hui de 90 mg/kg de ces engrais. C’est une dérogation au règlement européen qui fixe un plafond à 60 mg/kg. Selon l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), une partie de la population française est déjà surexposée.
Les verts veulent alors baisser le taux de le cadmium et le faire passer à 40 mg dès 2027 et 20 mg dès 2030. Les engrais supérieurs à ce seuil seraient tout simplement interdits sur le territoire.
Les députés ont adopté mercredi 3 juin, cette proposition de loi écologiste portée par Clémentine Autain et Benoît Biteau.
Le texte doit maintenant passer au Sénat.
Espérons que les sénateurs remettent un peu de raison et de pragmatisme dans ce débat. Car protéger la santé des Français ne doit pas se faire en sacrifiant nos agriculteurs.
Effectivement, une hausse du prix des engrais entraîne donc une hausse du coût de production pour les agriculteurs. Pour descendre rapidement à 20 ou 40 mg, il va falloir traiter les engrais importés ce qui coûte cher, ou changer de fournisseurs. Cependant, la forte dépendance à des fournisseurs situés au Moyen-Orient, comme l’Arabie Saoudite ou la Jordanie, exposerait le secteur aux incertitudes géopolitiques, susceptibles de freiner les importations et de peser sur la disponibilité des produits.
La Coordination rurale parle de « surtransposition » et demande que la France s’aligne simplement sur la moyenne européenne de 60 mg. La FNSEA, de son côté, reconnaît l’enjeu santé mais insiste: « il faut que les fournisseurs s’adaptent sans étrangler les paysans.» C’est exactement ce que le ministre Mathieu Lefèvre a souligné: le rythme voté n’est « pas réaliste » et menace notre souveraineté alimentaire.


