Bulletin de réinformation proposé par Alix Wald et Solveig Grieg
Rediffusions à l’antenne à 11h45 et 21h00
GRANDS TITRES
► Point sur la journée de grève et de manifestation interprofessionnelle à venir
Ce mardi s’organisera une grève générale et nationale, suite à l’appel de nombreux syndicats. La CGT et Force Ouvrière font partie des instigateurs de ce mouvement, accompagnés par les principaux syndicats étudiants. Dans cette logique de convergence des luttes si chère au mouvement syndicaux, la mobilisation rassemblera de nombreux secteurs pour une pluie de revendications.
Celles-ci s’annoncent assez similaires à celles qui poussent les Gilets jaunes à battre le pavé depuis plus de quatre mois
On retrouve en effet une demande de hausse du pouvoir d’achat, passant par une augmentation des salaires et une revalorisation des retraites. Le grand débat est là aussi dénoncé, la CGT parlant d’une opération de communication et d’enfumage dans son communiqué officiel. Alors que l’appel à la grève générale précédent du 5 février n’avait guère mobilisé, les mouvements syndicaux tentent donc à nouveau de reprendre la main. On trouve également dans leurs revendications la transition écologique, qui est citée fort opportunément après la marche pour le climat de samedi dernier.
Les manifestants marqueront également leur opposition à certaines réformes en cours ou à venir du gouvernement
La prochaine réforme du régime des retraites fait partie de ces projets auxquels les syndicats déclarent s’opposer. On y retrouve également la future loi d’orientation des mobilités qui affectera le secteur des transports en commun publics. Les intentions de grève déclarées semblent indiquer néanmoins que la mobilisation des salariés concernés ne sera pas d’une grande ampleur. Les enseignants sont à l’inverse attendus nombreux, en protestation face à la nouvelle politique éducative voulue par le projet de loi Blanquer. Reste que la diversité des réformes dénoncées semble montrer que chacune des décisions de Matignon provoque l’ire des Français. Elle accentue l’impression (déjà donnée par l’ampleur et la durabilité du mouvement des Gilets jaunes) que le peuple ne se retrouve pas dans ce gouvernement élu par défaut.
► Jour de fête hier, pour la Russie
Le Gouvernement russe a décidé que le 18 mars serait désormais un jour de fête grandiose pour toute la Russie, car il y a cinq ans jour pour jour la Crimée était rattachée à « sa terre natale », dixit le Kremlin. De grands événements sont ainsi organisés dans toute la Russie : ainsi à Moscou on peut participer à un festival, le « Printemps de la Crimée », où l’on trouve à la fois des concerts de musiques criméennes, mais aussi des expositions ou des cours de cuisines typiques. Près de 10.000 personnes sont mêmes attendues pour danser sur l’air de La valse de Sébastopol. Et Vladimir Poutine était même attendu en Crimée.
Mais n’est-ce pas un pied de nez aux Occidentaux ?
Bien sûr ! Il y a cinq ans, les tensions en Ukraine avaient conduit Moscou à récupérer la péninsule criméenne grâce à un référendum régional. Kiev a immédiatement crié au scandale, et a accentué ses accusations à l’encontre du Kremlin. L’Union européenne mais aussi les États-Unis ont tout de suite imposé des sanctions économiques à la Russie, lui faisant subir parallèlement un véritable omerta politique : la Russie est toujours interdite de G7 par exemple. L’annexion de la Crimée donne en réalité du grain à moudre aux moulins à paroles occidentaux, ces derniers accusant aussi Moscou de multiples cyberattaques ou d’interventions dans des élections.
Mais la Russie a su passer outre les sanctions économiques…
Effectivement ! Moscou est devenue depuis ces cinq ans la première productrice au monde de céréales. Elle a prouvé à l’Europe qu’elle est nécessaire dans la question énergétique, puisque le gaz russe représente presque 35% du marché européen. Les Russes, s’ils ne sont pas toujours d’accord avec la politique du Kremlin, sont à plus de 80% « fier d’avoir récupéré ce territoire légitime ». En effet, la Crimée est attachée depuis 1792 à l’Empire russe après une guerre contre les Turcs, et elle est rapidement peuplée par de nombreux russes qui représentent aujourd’hui encore près de 80% de la population.
BRÈVES DE FRANCE
► Didier Lallement remplace Michel Delpuech à la préfecture de Police de Paris
Après les débordements de samedi dans la capitale, le préfet de police de Paris a été démis de ses fonctions hier par le Premier ministre. Michel Delpuech paie les pots cassés de l’acte 18 des Gilets jaunes. C’est l’actuel préfet de la région Nouvelle-Aquitaine Didier Lallement qui a été nommé à sa place. Le nouveau préfet avait clairement exprimé son opinion à propos des Gilets jaunes : « La démocratie ne peut pas être la révocation des mandats, la destitution, pour la simple envie d’exprimer un ras-le-bol ou une colère. L’insurrection n’a jamais été et ne sera jamais une garantie démocratique et ses théoriciens de l’avant-garde éclairée jusqu’à la révolution culturelle ont plutôt été des fossoyeurs des libertés que leurs promoteurs ».
► L’incendie de l’église Saint-Sulpice dimanche dernier était un acte criminel
La piste accidentelle a été écartée lundi, au lendemain de l’incendie survenu dans l’église Saint-Sulpice. L’origine du sinistre est donc, selon les premières conclusions du laboratoire central de la préfecture de police, « humaine » et « délibérée ». « Un individu avait embrasé et jeté quelques jours plus tôt un chiffon côté rue Palatine », rapporte le maire du VIe arrondissement de Paris Jean-Pierre Lecoq. Plusieurs églises ont été profanées ces dernières semaines en France. L’enquête en cours démontrera ou non s’il s’agissait d’une attaque délibérée contre l’édifice catholique.
► Interdiction des manifestations en cas de présence d’ « ultras » pour le Premier ministre, bien qu’on ne sache toujours pas bien ce que ce mot désigne…
C’est ce qu’a annoncé Édouard Philippe aujourd’hui, après les débordements de samedi à Paris. Il a déclaré que les manifestations dans les quartiers touchés au préalable par les violences seraient interdites si la présence de manifestants « ultras » était prévue dans les cortèges, en précisant : « Nous interdirons les manifestations se revendiquant des Gilets jaunes dans les quartiers les plus touchés dès que nous aurons connaissance de présence de manifestants ultras ». Il a ensuite listé les quartiers concernés pour le moment, à savoir les Champs-Élysées à Paris, le Capitole à Toulouse et la place Pey-Berland à Bordeaux.
► Bruno le Maire empêtré dans la privatisation d’ADP
Le ministre de l’Économie et des Finances, qui bataille depuis des mois pour faire passer sa loi Pacte, est tombé sur un gros obstacle avec le projet de privatisation d’Aéroports de Paris. Les sénateurs républicains ont voté contre, et la majorité parlementaire commence aussi à montrer des signes d’inquiétude. Pour rassurer les députés, Bruno Le Maire a décidé de communiquer le cahier des charges de cette privatisation. Mais les députés ont pu découvrir qu’il s’agissait d’une concession pour une durée de 70 ans, soit le double de celle accordée aux autoroutes, lors de leur privatisation si contestée. Bruno Le Maire a tenté de se justifier en expliquant qu’il voulait privatiser les activités commerciales (parkings, hôtels et boutiques de luxe) d’ADP parce qu’elles représentent 74% des résultats du groupe. Mais il est aussi question des réserves foncières qui bordent les aéroports et qui intéressent fortement un groupe comme Vinci. Par ailleurs, Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, a semé le trouble en évoquant le fait que l’État puisse conserver 20% du capital d’ADP. Avant de se rétracter par un tweet. La privatisation d’ADP, qui suscite également l’hostilité des collectivités locales, ne verra pas le jour en 2019.
► RT France porte plainte pour menace de mort
Ces menaces, reçues par courrier électronique ou via des appels téléphoniques, visent le média RT France et, nommément, sa présidente Xenia Fedorova. « Il est essentiel que les médias, les journalistes, puissent exercer leur métier librement et sans crainte pour leur intégrité » indique Xenia Fedorova. La gravité de cet acte vient renforcer un climat d’insécurité grandissant pour l’exercice du journalisme, et avec celui-ci, la liberté d’expression devient limitée. RT France, représentant de la pluralité des idées par ses prises de positions à contre-courant, est une cible privilégiée de ceux qui veulent mettre à mal cette liberté fondamentale.
► Les universités de sciences sociales de plus en plus sclérosées
Diego Fusaro, philosophe italien et enseignant à l’université de Milan, et Michel Maffesoli, sociologue et professeur émérite à l’université Paris-Descartes, n’interviendront pas lors du colloque organisé par l’Institut méditerranéen du risque de l’environnement et du développement durable au château de Valrose dans une semaine. Sous la pression d’enseignants du département de philosophie, la direction de l’université de Nice-Sophia Antipolis a demandé aux organisateurs d’annuler la venue des deux intervenants, présentés comme « sulfureux ». A l’un comme l’autre on reproche sans doute de ne pas penser correctement, et à Diego Fusaro en particulier d’être l’un des intellectuels italiens ayant théorisé la révolte populaire contre les élites déconnectées ayant abouti à la constitution du gouvernement de coalition entre le Mouvement 5 étoiles et la Lega de Matteo Salvini.
NOUVELLES DU MONDE
► Big Brother en Chine, c’est maintenant !
Une station de métro chinoise expérimente la reconnaissance faciale comme mode de paiement. L’utilisateur n’a qu’à regarder la caméra pour pouvoir entrer dans le métro. De cette façon, un regard dans la caméra et votre compte bancaire est prélevé. Cette technologie était déjà utilisée dans certains commerces mais c’est la première fois qu’une entreprise publique chinoise la met en fonction. En octobre dernier, l’aéroport international de Shanghai Hongqiao a annoncé qu’il utiliserait cette technologie pour enregistrer les passagers et les bagages. Enfin, à l’occasion de China Connect 2019 qui s’est achevé mercredi 13 mars, Nathalie Yu, vice-présidente de Carrefour Chine, a dévoilé que le groupe français déploierait en Chine le paiement par reconnaissance faciale. Dans un premier temps, la moitié des points de vente sera équipée du dispositif, pour une généralisation de celui-ci sur la totalité du parc… d’ici deux mois.
► Fusillade mortelle à Utrecht
En effet, lundi matin à Utrecht, aux Pays-Bas, une fusillade a éclaté dans un tramway. La police évoque un acte « potentiellement terroriste ». Cependant, selon le site d’information néerlandais Het Parool, les quatre hommes portaient au moins deux armes et ont crié « Allahu akbar ». L’homme recherché est Tanis Gokman, un Turc âgé de 37 ans. De plus, selon un autre quotidien national, le suspect a comparu le 4 mars devant un tribunal à Utrecht dans le cadre d’une affaire de viol. Les assaillants auraient également laissé la vie sauve à un passager en raison de son origine marocaine. Il avait été arrêté il y a quelques années par la police hollandaise pour ses connexions avec l’État islamique. Le bilan est de neuf personnes blessées, trois autres sont décédées.
► Le chiffre du jour est 496 000
Cocorico ! C’est le prix de la première moto volante qui a été testée, et elle est française !
Entrepreneur et inventeur français, Ludovic Lazareth, spécialiste dans la conception de véhicules hors norme, vient de réussir les premiers tests d’une moto volante. L’engin est capable de passer de la route au vol en moins d’une minute. Son autonomie ne permet pour l’instant qu’une dizaine de minutes de vol à moins de 2 mètres du sol. Le pari technologique est conséquent pour un petit bijou que nos auditeurs pourront s’offrir pour le modeste prix de 496.000 euros.
► La bonne nouvelle du jour
Elle se déroule, une fois n’est pas coutume, ce soir à la Nouvelle Librairie
Pour la sortie en kiosque de son nouveau numéro 177, Pascal Eysseric directeur de la revue Éléments, ainsi que la rédaction vous convient à une soirée de lancement à la Nouvelle Librairie, au 11 rue de Médicis dans le Ve arrondissement de Paris, de 18 à 20 heures. Pour l’occasion, Fiorina, jeune femme Gilet jaune ayant perdu un œil dans les manifestations après avoir reçu une grenade lacrymogène, le 8 décembre dernier, sera également présente, puisqu’elle a livré son témoignage dans ce nouveau numéro de la revue.

