Bulletin de réinformation proposé par Julien d’Estrago et Stéphane Picavoix
Rediffusions à l’antenne à 11h45 et 21h00
GRANDS TITRES
► Approbation du gouvernement britannique pour un projet d’accord sur le Brexit
Deux ans et demi après la décision référendaire de quitter l’Union européenne, 20 mois après le début des négociations sur les conditions de sortie du Royaume-Uni de l’UE et à quatre mois des échéances fixées par l’article 50 du traité de Lisbonne, l’Union européenne et le Royaume-Uni se sont enfin entendus sur un accord de sortie. Néanmoins, si l’accord « technique » a été approuvé par son gouvernement, le Premier ministre Theresa May doit encore obtenir l’accord du parlement britannique et en particulier de la chambre des communes.
Mais quelles sont les termes de cet accord ?
De manière générale il semblerait que le texte de l’accord orienterait le Royaume-Uni vers un Brexit doux. Sur la question des relations économiques et commerciales, le Royaume-Uni resterait dans l’Union douanière le temps d’une négociation d’un accord commercial bilatéral de libre-échange tel qu’il existe entre le Canada et l’Union européenne. Pour sa part Londres s’est engagé à respecter les règles européennes en matière sociale et fiscale, par ailleurs le Royaume-Uni continuera à participer au budget européen jusqu’à la fin du cadre financier pluriannuel qui prendra fin en 2020 en acceptant de signer un chèque de 45 milliards d’euros à Bruxelles. Pour le problème de la frontière irlandaise les deux parties se sont engagées a ne pas recréer de frontière physique.
Qui sort gagnant qui sort perdant de cet accord ?
Du point de vue purement technique et juridique il semblerait que Londres sorte perdante des négociations, ne parvenant pas à obtenir les conditions de sortie qu’elle souhaitait, sans parler des lourdes concessions accordées par Londres à Bruxelles. Néanmoins sur le plan politique, la question est moins évidente. L’Europe de plus en plus divisée est au bord de l’implosion et les conséquences funestes de cette catastrophe annoncée, feront peut-être regretter certains de ne pas avoir songer à quitter l’Union européenne en premier.
► Le conflit intérieur américain vu par le prisme des élections
Ayant eu lieu début novembre, les élections américaines de mi-mandat visant à renouveler les membres de la Chambre des représentants ainsi qu’un tiers de membres du Sénat fédéral ont fait les grands titres des médias. Le principal objet de leurs commentaires portant d’ailleurs sur le clivage entre Républicains et Démocrates.
Des élections qui ne sont finalement pas réellement représentatives de l’avis des Américains ?
Thierry Meyssan relève dans son analyse que ces élections sont nettement moins mobilisatrices que celles du président et que le taux de participation est, depuis la fin de la Guerre froide, nettement en baisse. Si les élections présidentielles comptent des participations entre 51 et 61 %, les élections de mi-mandat ne mobilisent que 36 à 41 % de la population américaine. Malgré une organisation très démocrate, la réalité l’est beaucoup moins puisque les sénateurs et représentants ne sont finalement choisis que par 20 % de la population.
Des résultats qui mettent en exergue la faible percée du Parti Démocrate.
Analysant le tissu social américain, Thierry Meyssan y voit non seulement la réalisation du clivage entre Démocrates et Républicains, puisque la Chambre des représentants sera à majorité démocrate et le Sénat à majorité républicaine. Pour autant, on ne peut plus s’y fier pour comprendre l’évolution de la société américaine et il faut aussi observer le net recul des Puritains faces aux Luthériens et aux Catholiques.
Le réalignement politique qui est en train de s’établir autour de Donald Trump est alors en train de reproduire le schéma installé autour de Richard Nixon avec un conflit fondamental tout aussi comparable, entre Puritains et Luthériens-Catholiques. Les États-Unis ne seraient donc pas en train de se déchirer mais de se réformer à travers un réarrangement d’abord culturel. Si ce mouvement perdure, alors le pays pourrait retrouver une politique hégémonique avec un consensus constitutionnel.
BRÈVES DE FRANCE
► Une enquête ouverte suite au suicide de la policière Maggy Biskupski
La présidente de l’association « Policiers en colère », Maggy Biskupski, s’est donnée la mort avec son arme de service, ce lundi 11 novembre. Ce geste a suscité une vive émotion, notamment chez ses collègues policiers pour qui Maggy était devenue le symbole et la porte-parole d’une colère qu’ils ne pouvaient exprimer. Une enquête était d’ailleurs ouverte contre Maggy pour manquement à son devoir de réserve, suite à ses prises de position médiatisées sur les manques de moyens de la police face à l’augmentation des violences anti-policière, et de l’impunité quasi officielle de nombreux délinquants. A noter aussi que le parquet de Versailles a ouvert, dès le lendemain, une enquête contre X pour abus de confiance : la jeune femme aurait en effet reconnu avoir détourné des fonds de l’association à son profit.
► Hausse inquiétante des homicides en France
Pourtant en baisse depuis des décennies, ces dernières années ont été marquées par une hausse conséquente du nombre d’homicides depuis 2015. Si les attentats terroristes justifient cette hausse en 2015, il semblerait que depuis, et ce malgré l’absence d’attentat majeur depuis deux ans, le nombre d’homicides n’est jamais revenu à son niveau de 2014. Face à cette hausse de 23%, tout de même, le ministère de l’Intérieur ne semble pas réagir de manière appropriée, se félicitant même de voir le nombre d’homicides baisser de 6% sur la période d’août à octobre 2018. Si les explications de cette hausse restent encore mal identifiées, il est intéressant d’apprendre que ce phénomène est observable dans d’autres pays occidentaux, comme l’Allemagne, l’Angleterre ou les Pays-Bas.
► L’intention française de rapatrier les enfants de familles djihadistes
Il y a deux jours, la France commémorait le triste anniversaire des attentats islamistes de 2015. Faut-il rappeler la cavale des huit terroristes dans Paris, le bilan épouvantable des 130 morts, les centaines de blessés, les familles brisées ? Faut-il rappeler l’état d’urgence et son cortège de lois de surveillance, qui sous couvert de lutte anti-terroriste n’ont pas empêchées Magnanville, Nice, Saint-Etienne du Rouvray, le Louvre et les Champs-Élysées à Paris, Orly, Levallois-Perret, Marseille ? Ou encore, qu’aucun consensus n’a été trouvé quant à la gestion des 18.000 individus fichés S pour leurs liens avec la mouvance islamiste radicale ? En 2016 Jonathan Geoffroy, capturé après deux années aux cotés de l’Etat islamique révèle que « les futures opérations extérieures seront commises par des enfants qui auront grandi sur zone ». Malgré tout aujourd’hui il est question de rapatrier en France une centaine d’enfants de la zone irako-syrienne…
► Bonne nouvelle pour le patrimoine et l’économie française
Selon une étude de NPD Groupe, les marques françaises de jouets représentent 12% des ventes dans l’hexagone contre 7% il y a 4 ans. Ainsi Sophie la Girafe, le Mille bornes, les jouets en bois Vilac et beaucoup d’autres, devenus des classiques, reprennent de la popularité à l’approche de Noël. Un signe de bonne santé des jouets français qui gagnent des parts de marché année après année. Un succès d’abord dû au gage de qualité des produits sachant s’adapter et se renouveler ; et qui répond également à une tendance d’achat engagé. «Les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux achats éco-responsables. C’est une manière de défendre le patrimoine, sans être réac», commente Frédérique Tutt, spécialiste des jouets. Une bonne santé qui trouve aussi un grand succès à l’étranger, puisque 40% de ventes de jouets se font hors de l’hexagone. Une tendance qui devrait s’accroître les prochaines années !
NOUVELLES DU MONDE
► Des relations transatlantiques troublées par le sujet du gazoduc Nord Stream 2
La météo des relations transatlantiques n’est pas au beau fixe ces derniers jours. Après le sujet de l’armée européenne largement relayé par les médias, le gazoduc Nord Stream 2 est revenu au goût du jour. L’ambassadeur américain à l’ONU a déclaré que le président Trump pouvait à tout moment imposer des sanctions sur ce projet reliant la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique. L’administration américaine y voit en effet un renforcement de la dépendance européenne au gaz russe, au détriment du gaz liquide américain importé par bateau. Le projet de gazoduc, piloté par Gazprom, rassemble plusieurs grandes entreprises européennes du secteur de l’énergie (dont Engie côté français). Ces sanctions américaines auraient donc une impact non négligeable, tant économique que politique, sur ses alliés européens.
► Le projet d’une armée européenne relancé par M. Macron
De concert avec Mme Merkel, M. Macron relance l’idée d’une « armée européenne ». En 1954, c’est pourtant la France qui, après avoir préparé le projet de Communauté européenne de défense prévoyant la constitution d’une armée commune, le met en échec. Depuis, jamais aucun chef d’État français n’avait envisagé un projet aussi poussé en matière de politique de sécurité et de défense commune. Et pour causes, les interrogations de tous ordres subsistent, la principale étant certainement celle soulevée par Nicole Gnesotto professeure au CNAM : en quel nom doit être menée une politique étrangère ? S’agit-il strictement de défendre des intérêts communs ou plus, de faire respecter un idéal démocratique ? La réponse ne va pas de soi, en témoigne la Turquie, à qui on refuse l’adhésion européenne pour son mode de gouvernement trop autoritaire mais avec qui on n’hésite pas à traiter pour juguler le problème migratoire.
► Conférence à Palerme, sur la question Libyenne
Bien décidé à jouer un rôle dans la résolution du conflit libyen, Rome a décidé d’organiser une énième conférence pour régler le sort de la Libye. Mais une fois n’est pas coutume les discussions sur les différents aspects du problème n’ont abouti à rien. En cause, l’absence dans les négociations du Maréchal Haftar, pourtant bien présent à Palerme pour « tenir des séries de rencontres avec les présidents des pays du voisinage ». Homme fort de la Libye, contrôlant les trois quarts du territoire et disposant de la seule force armée légitime du pays, Khalifa Haftar a montré une réticence à négocier avec les Italiens en raisons des positions tenues par le gouvernement Giuseppe Conte et son soutien au gouvernement tripolitain grand rival du maréchal. L’attitude du maréchal et l’échec des négociations confirment l’influence cruciale du maréchal et présage une potentielle victoire aux élections qui pourraient se tenir au printemps 2019.
► Éphéméride
Le 15 novembre 1796 a débuté la bataille du Pont d’Arcole lors de la première campagne d’Italie. Se sont affrontés pendant deux jours 19.000 Français de l’armée d’Italie menés par Napoléon Bonaparte et 24.000 Autrichiens dirigés par le général Joseph Alvincy. Ce général Alvincy a lui-même pris la tête du commandement afin de mettre un terme définitif à la présence française en Italie. Le 12 novembre, les Français essuient plusieurs défaites devant Caldiero puis Vérone. Repliés devant la ville d’Arcole le 15 novembre, Bonaparte n’a plus que le choix de vaincre ou renoncer définitivement. Mais la brillante stratégie et le courage du général français ont permis une large victoire française, et c’est grâce à cet incroyable sens tactique ainsi qu’une propagande qui sera plus tard savamment orchestrée, que Bonaparte entrera dans les légendes.