Pendant que les Français suffoquent sous une chaleur accablante, l’Assemblée nationale, bien au frais sous la climatisation, poursuit cette semaine l’examen en troisième lecture de la proposition de loi sur l’euthanasie. Le vote définitif est prévu le 15 juillet. Et à mesure que l’échéance approche, les certitudes vacillent : de plus en plus de députés hésitent désormais à soutenir le texte.
Une hésitation qui semble inquiéter certains. France Info consacrait ainsi cette semaine un article aux parlementaires encore indécis, s’interrogeant sur leur capacité à faire échouer la réforme. Une curieuse inquiétude, tant ces doutes semblent avant tout nourris par l’observation des faits.
Car partout où l’euthanasie a été présentée comme une mesure exceptionnelle, elle a fini par sortir du cadre qui lui avait été fixé. Les Pays-Bas en offrent l’exemple le plus frappant. En 2002, la légalisation était présentée comme un dispositif extrêmement encadré, réservé à quelques situations exceptionnelles. Vingt-quatre ans plus tard, près de 10 000 euthanasies y sont pratiquées chaque année, soit près de 6 % de l’ensemble des décès du pays.
Mais le plus frappant reste l’évolution constante des critères. Aux adultes ont succédé les adolescents, puis les enfants. Cette semaine, les autorités néerlandaises ont annoncé le premier cas d’euthanasie pratiqué sur un enfant de moins de douze ans depuis l’entrée en vigueur de l’extension de la loi. Ce qui était impensable hier est devenu une réalité aujourd’hui.
Voilà pourquoi de nombreux députés français évoquent désormais une « pente glissante ». Non plus comme une hypothèse théorique, mais comme un phénomène observable. Certains parlementaires favorables au texte ont d’ailleurs changé de position après avoir vu apparaître, avant même l’adoption définitive de la loi, des amendements visant déjà à étendre le dispositif à de nouveaux publics. La loi n’est pas encore votée que certains réfléchissent déjà à l’élargir.
Autre épisode passé relativement inaperçu : l’adoption surprise d’un amendement du Rassemblement national supprimant la possibilité pour un médecin d’administrer lui-même le produit létal. Un principe simple : un médecin est censé soigner, pas donner la mort. « Je ne provoquerai jamais délibérément la mort », rappelle le serment d’Hippocrate. Une évidence qui a pourtant provoqué la colère du rapporteur du texte, Olivier Falorni.
Celui-ci s’est également illustré par un argument pour le moins surprenant : selon lui, il faudrait éviter le terme « euthanasie » parce qu’il aurait été utilisé par les nazis. Un raisonnement qui laisse perplexe. Car lorsqu’une pratique est associée à l’une des pages les plus sombres de l’Histoire, la logique voudrait moins que l’on en change le nom que l’on s’interroge sur la pratique elle-même.
Le climat entourant cette réforme interroge tout autant. Le député Renaissance Jean-François Rousset plaidait cette semaine pour accélérer l’adoption du texte en expliquant que « des gens sont en train de mourir dans une chaleur torride ». Autrement dit : puisqu’il fait très chaud, avançons sur l’euthanasie. Demain, faudra-t-il accélérer encore parce que les hôpitaux sont saturés ? Parce que les finances publiques sont exsangues ? Parce que les Ehpad manquent de personnel ?
Une société digne de ce nom cherche d’abord à soulager la souffrance. Une société fatiguée finit, elle, par considérer que le malade est devenu le problème.
Enfin, derrière cette offensive législative se trouve depuis plus de quarante ans l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). Depuis les récentes révélations de L’Incorrect, son financement fait l’objet de nouvelles interrogations. Un signalement a été transmis à la justice concernant un système de dons défiscalisés transitant par un fonds de dotation avant d’être reversés en grande partie à l’association. Si ces faits étaient établis, cela signifierait que les contribuables français financeraient indirectement le lobbying en faveur de l’euthanasie, sans même en avoir conscience.
La justice dira ce qu’il en est. Mais une chose apparaît déjà : si de plus en plus de députés hésitent aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’ils seraient prisonniers d’un quelconque conservatisme. C’est parce qu’ils regardent les faits. Et les faits montrent que partout où l’euthanasie est présentée comme une exception strictement encadrée, elle finit, tôt ou tard, par devenir la norme.


