Au-delà de l’épidémie de Covid 19, phénomène que subit l’humanité, l’actualité, à travers différents évènements, montre à quelle entreprise de déstabilisation voire de subversion est soumise la société française. Cette entreprise aux acteurs divers dont les actions se conjuguent relève globalement de l’idéologie de la déconstruction. Pensée philosophique à l’origine qui s’inscrivait dans le structuralisme et sa critique, son interprétation au sein des universités américaines au regard du contexte propre à l’Amérique a conduit à un bousculement systématique de ce qui fonde non seulement les sociétés occidentales dans leur ancrage historique mais plus loin encore de ce qu’est le rapport de l’être humain à l’existence et à ses lois naturelles. Attaquant la société de toute part et cultivant tout ce qui peut l’ébranler, cette idéologie se heurte à ses contradictions internes. Le concept d’intersectionnalité offre alors, pour les tenants du dogme, les apparences d’une résolution de celles-ci. Il s’agit là de se dérober à la réalité d’une poussée de forces contradictoires.
L’idéologie de la déconstruction et la défense du droit des minorités, supposées opprimées, qui lui est consubstantielle, apparaissent comme les glaives qui portent les coups à la société, sa cohésion et son équilibre. Sont en action, un féminisme agressif, une négation des sexes comme fruits de la nature, la décomposition du langage, la promotion des mouvements radicaux au sein de populations issues de l’immigration.
Ramenées chacune à une orientation particulière, les minorités dont la perception sociale repose d’abord sur l’activisme de groupes de pression, conduisent par le jeu de l’idéologie à comprendre la société comme une juxtaposition de communautés avec leurs enchevêtrements. La communauté est la marche vers le communautarisme base de l’action revendicative.
► La communauté : de multiples définitions
Ce terme de communauté d’un emploi médiatique abondant a fait l’objet d’une réflexion de Guillaume Berlat dans l’article qu’il publie chaque semaine sur le site Proche&Moyen-Orient.CH (Communauté : Entre l’être et le néant ! – 8 février 2021). L’auteur observe : … communauté. Mot-valise par excellence que l’on nous sert à toutes les sauces, surtout pour masquer le poisson ou la viande qu’elles accommodent pour les rendre comestibles… La définition du concept de communauté est suffisamment large pour qu’il embrasse une réalité assez vaste. Aujourd’hui, le temps est à l’inflation, à une utilisation croissante et à ses corollaires, les risques de dérives. Guillaume Berlat donne au terme cinq acceptions allant de ce qui est du caractère commun d’un Etat, en passant par le régime matrimonial ou de ce qui peut former un groupe de pays jusqu’à un groupe social ou un groupe de personnes. A un niveau pratique, Guillaume Berlat présente toutes les définitions possibles qui dépassent la dizaine. Pour conclure, il remarque : « Chaque mot est un préjugé » (Friedrich Nietzche). Cessons de nous payer de mots ! Ces communautés n’ont rien de commun si ce n’est leur diversité. Cessons d’employer à tort et à travers des termes qui ajoutent à la confusion ambiante du monde du XXIè siècle ! C’est une qualité bien française de s’enticher de mots et de s’enivrer de paroles.
► L’écriture inclusive
Parmi les groupes à l’œuvre dans cette déconstruction d’un équilibre social figure le féminisme agressif. Il ne s’agit plus de permettre une meilleure égalité mais de renverser des règles qui structurent l’esprit sous le prétexte qu’elles reflèteraient un rapport de domination. Il en va ainsi de la création de l’écriture inclusive et de la volonté pour certains groupes de l’imposer jusqu’à une coercition intellectuelle au mépris de ce qui fonde la langue. A cet égard, il faut relever deux articles parus sur le site du Figaro : Comment l’écriture inclusive prend le pouvoir à l’université – Claire Conruyt et Wally Bordas – Figaro Société, 4 février 2021 ; Les exclus de l’écriture inclusive – Claire Conruyt – Figaro Vox, 8 février 2021. Dans le premier article, les deux auteurs soulignent que L’Académie française, elle, y a vu un « péril mortel » pour la langue. Ils précisent que par une circulaire datant de 2017, le Premier ministre Edouard Philippe avait banni l’usage administratif de l’écriture inclusive. Par divers exemples, Claire Conruyt et Wally Bordas montrent comment des groupes minoritaires et des enseignants qui leur sont affiliés obligent à l’emploi de cette écriture, transgressant les règles et la liberté de ceux qui entendent les respecter. Ainsi : Et même lorsqu’ils ne sont pas forcément pour, les présidents d’université sont forcés de s’y mettre : « Beaucoup ont adopté cette graphie sous la pression de quelques associations. Il est plus simple et plus commode de s’adapter si on ne veut pas être accusé de sexisme », avoue un ancien président d’université parisienne. Comme réplique à cette mainmise politique sur la langue, les deux auteurs présentent l’argumentaire de quelques opposants. Ils citent notamment Anne Dister (elle enseigne la linguistique française à l’université Saint-Louis-Bruxelles) : « Faire du masculin un genre qui invisibilise les femmes, c’est faire comme si les mots n’étaient jamais utilisés dans un contexte qui nous aide à en comprendre le sens », analyse l’enseignante. « Je suis effarée de voir que face à ces arguments objectifs, il y a encore des acteurs dans l’enseignement supérieur qui défendent l’usage de cette écriture. Mais nous sommes dans une période où la conviction et la croyance ont plus de poids que la réflexion scientifique.» Pour Mathieu Avanzi (linguiste et maître de conférences à Sorbonne-Université), « Cette forme d’écriture génère de l’insécurité linguistique, de l’hypercorrection ».
Dans le second article, Claire Conruyt souligne que l’écriture inclusive, qui assurerait une égale visibilité des femmes et des hommes dans la langue (à rebours de la règle bien connue du masculin qui l’emporte sur le féminin), exclut toute une partie des locuteurs. Ceux qui ont des difficultés d’apprentissage et ceux qui sont attachés à l’intelligibilité du français. En fait, Les partisans de cette écriture font la promotion d’une graphie qui compromet la lisibilité et l’intelligibilité de la langue française.
► Sciences Po : la dérive d’une institution prestigieuse
Le cas de l’écriture inclusive montre que le monde universitaire est l’un des cœurs les plus actifs dans cette déconstruction sociale. Sciences Po semble y occuper une place importante. S’il y a quelques semaines l’affaire Olivier Duhamel, celui-ci étant notamment président de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, a révélé toute la perversion d’un système de pouvoir, il apparaît bien que la vénérable sinon prestigieuse institution est parcourue par des mouvements qui traduisent sa dégradation profonde. Par la même, s’agissant de la formation de futurs cadres dirigeants, c’est le devenir d’une société qui est en cause. Dans un article paru dans Le Monde Campus du 11 février 2021 Violences sexuelles : #sciencesporcs interpelle les instituts d’études politiques qui porte sur les IEP de province, il est porté à la connaissance du lecteur des accusations sur des agressions sexuelles. Celles-ci apparemment se sont déroulées dans des espaces privés à l’extérieur des établissements. Si les faits incriminés, s’ils sont exacts sont totalement condamnables et doivent faire l’objet de poursuites s’il y a lieu, leur nombre pour le moins interpelle : Pas un institut d’études politiques (IEP) n’y échappe, ou presque : plus d’une centaine de récits d’agression sexuelle et de viol alimentent les réseaux Instagram et Twitter derrière le hashtag #sciencesporcs. Les années d’étude à Sciences Po telles qu’elles étaient autrefois et telles qu’elles devraient le demeurer étaient des moments d’efforts et de travail laissant peu de place aux loisirs jusqu’à l’obtention d’un diplôme aux épreuves difficiles et aux succès incertains. Le phénomène observé reflète peut-être là comme ailleurs l’affaiblissement du niveau des études et de l’exigence demandée.
► L’Université et l’islamo-gauchisme
S’agissant de l’Université et de l’influence qu’elle exerce sur le pays et la société tient à la progression de ce qui est dénommé l’islamo-gauchisme.
Dans un article daté du 11 décembre 2020, « Islamo-gauchisme » : histoire tortueuse d’une expression devenue une invective, Le Monde présente à ses lecteurs, avec son point de vue, l’historique de cette association entre l’extrême-gauche d’essence marxiste et l’islamisme : Apparu dans les années 2000, le terme, qui évoquait une convergence entre islamistes et extrême gauche, symbolise aujourd’hui une ligne de fracture politique sur les causes du djihadisme. Il trouve ses racines dans le débat sur la défense des travailleurs immigrés prônée par la gauche à partir de Mai 68. Selon l’auteur de l’article, Valentine Faure, C’est le sociologue Pierre-André Taguieff qui, le premier, aurait utilisé le terme en 2002, dans La Nouvelle Judéophobie (Mille et une nuits, 2002). En référence à l’idéologie de la déconstruction, il faut relever ce propos : « Dans les années 1960, Deleuze, Guattari, Foucault ont influencé un discours sur la déconstruction de la raison des Lumières, présentant l’universalisme comme mutilant, analyse Philippe Portier. Ils appellent à retrouver les singularités, les identités dont les sujets sont porteurs. » La gauche va reprendre ces idées, dans les années 1970, lorsqu’elle va défendre les droits des minorités sexuelles opprimées, les droits des femmes. « On n’est pas encore dans la perspective de défendre les religions parce que l’enjeu n’est pas là. Mais déjà on fait usage du concept d’identité pour défendre des minorités marginalisées ou discriminées. La matrice est là pour enregistrer, quinze années plus tard, l’enjeu religieux. » Pour expliquer cette évolution de l’extrême gauche en faveur des mouvements islamistes, Ismaïl Ferhat fait ce constat qui ne manque pas de pertinence par rapport à la réalité sociale : … depuis les années 1960, au moment où « une partie des gauches va se poser la question de savoir qui est le moteur de la révolution ». Avec les « trente glorieuses », la classe ouvrière, globalement intégrée à une économie de marché, n’est plus vraiment une classe révolutionnaire. Au-delà de la teneur de l’article, il apparaît dans l’observation ainsi énoncée que, aux yeux de ses protagonistes actuels, la Révolution est devenue une fin en soi, loin de l’idée émancipatrice d’antan. Le groupe social à émanciper est alors réduit au rôle de moyen. L’article, il faut le reconnaître cite, les représentants d’une pensée critique à l’égard de cette évolution de l’extrême gauche. Ainsi, Gilles Kepel, Jacques Julliard, Pascal Bruckner et Marcel Gauchet qui déclare : « une extrême gauche en quête de cause, qui n’a jamais rien compris à ce qu’était la religion et qui ne sait plus grand-chose de son passé matérialiste, a trouvé dans ces musulmans providentiels son prolétariat de substitution ».
Au-delà de cette expression devenue invective, selon le titre du Monde, l’Université française est confrontée à une réalité : l’emprise dont elle est l’objet de la part de cet islamo-gauchisme. Samuel Mayol et Xavier-Laurent Salvador l’expriment dans une tribune publiée le 7 février 2021 sur le site Figaro Vox : Comment les militants décoloniaux prennent le pouvoir dans les universités. Les auteurs soulignent d’emblée la dégradation de l’image de l’Université : Le modèle de formation des « élites » ne passe plus, tant s’en faut, par les universités. Les meilleurs étudiants qui fréquentent les classes préparatoires dans des établissements du secondaire ne rencontrent plus les chercheurs de nos laboratoires. Il faudrait cependant s’interroger sur le réel cloisonnement des écoles au regard de l’idéologie de la déconstruction, l’exemple de Sciences Po est pour le moins inquiétant. Samuel Mayol et Xavier-Laurent Salvador constatent que des chercheurs militants, confondant propagande et recherche, ont investi le monde académique et procèdent à une occupation méthodique des postes-clés. Ils ajoutent : les orientations stratégiques sont promues par des incitations financières à répondre à des projets dont les cadres sont préconçus par les institutions de l’Union européenne. Et celles-ci, comme l’a récemment montré notre collègue Bernard Rougier dans Le Point, utilisent ce moyen « pour imposer un modèle multiculturel ». Les financements s’obtiennent au final en s’inscrivant dans ces cadres qui, en sciences humaines, font la part belle à l’inclusivisme et aux théories décoloniales. Loin de contrarier cette évolution, les deux auteurs montrent que par des textes récemment votés comme la loi de programmation de la recherche (LPR) … Les militants du décolonialisme et de l’intersectionnalité seront dorénavant libres de poursuivre leur entreprise d’accaparement de l’université au gré de politiques universitaires locales. Donc, Une telle évolution fait peser en outre une menace non négligeable sur le recrutement des professeurs de l’enseignement secondaire de demain.
Favorisée par la complaisance sinon la complicité d’une extrême-gauche intellectuelle et politique et plus largement, surtout, par la faiblesse des hommes et de leurs formations politiques qui se sont succédé à la tête de l’Etat, craignant l’opprobre médiatique, l’islamisme ou islam politique est une menace fort grave qui pèse aujourd’hui sur la société française. La polémique suscitée par les propos du professeur Didier Lemaire en constitue une illustration. A cet égard, les premiers propos du préfet des Yvelines rapportées par Le Monde ne peuvent qu’inquiéter. Le communiqué publié par la suite dont il peut être supposé qu’il le fut à la demande de sa hiérarchie apparaît comme une tentative de rectification opportuniste.
► Réagir face à l’islamisme
Comment réagir face à ce danger de plus en plus prégnant. Dans un article publié le 10 févier 2021 sur le site Atlantico (Islamisme : de Trappes à Lunel, ces territoires que la République a abandonné sans combattre), le général Bertrand Cavallier présente des éléments de réponse. En premier lieu, il cite le dernier rapport de la DGSI en la matière : L’islam fondamentaliste atteint en France un seuil critique d’influence qui fait désormais peser un véritable danger sur la vie démocratique de la nation. Face à ces territoires abandonnés, Nous pouvons reconquérir ces territoires mais l’expression est à mon avis réductrice. La victoire physique se construit avant tout sur le plan moral. Car le véritable enjeu, et c’est là un des principes majeurs de la guerre révolutionnaire, n’est pas les territoires mais les populations. Après avoir énuméré plusieurs préalables, il met en avant l’éducation avec deux éléments qui lui paraissent essentiels, issus du rapport de la commission d’enquête du Sénat : Un vecteur-clé, l’enseignement de l’histoire et des humanités (…) Plusieurs personnes auditionnées par la commission d’enquête se sont notamment inquiétées de l’appauvrissement des enseignements d’humanités ; Renforcer l’enseignement du fait religieux de manière transdisciplinaire (…) ce qui est considéré comme indispensable à la déconstruction des lectures fondamentalistes des textes religieux et au développement de la tolérance.
Au regard de cette situation le général Cavallier établit le rapport avec l’immigration et les erreurs géopolitiques commises par l’Occident dans ses relations avec le monde musulman : notre pays, terre d’immigration massive depuis le milieu du XXème siècle, a vu s’implanter depuis les années 70 de nouvelles populations majoritairement issues de pays dits musulmans. Est à noter que nombre de ces pays étaient plutôt sous influence de l’Union soviétique. Or, pour partie pour contrer cette influence, l’Occident a joué la carte de l’Islam mais malheureusement dans sa version la plus rigoriste, soit celle de l’Arabie saoudite, allié stratégique des USA depuis les années 30 sur fond d’intérêts pétroliers communs.
► Rachida Dati et la lutte contre le séparatisme
Territoires abandonnés ou perdus et séparatisme relèvent de la même réflexion d’ensemble. Rachida Dati y contribue dans un entretien accordé au Figaro dans sa livraison du 10 février 2021 : Rachida Dati : « Il faut mettre fin à une politique de peuplement qui a favorisé le séparatisme ». Elle observe d’emblée : Le séparatisme est profondément ancré dans la société française. Il est le fruit de décennies de renoncements qui ont érigé le droit à la différence comme une valeur supérieure à l’universalisme républicain. Elle aussi met l’accent sur l’Education en observant : L’échec de la République commence à l’école, c’est la leçon des travaux de l’inspecteur Obin. L’emploi du terme peuplement vise la réunion de mêmes populations en un même endroit à travers la politique du logement : … il faut assumer de mettre fin à une politique de peuplement qui a favorisé le séparatisme et en particulier dans le logement social. Le logement social est devenu un ghetto où s’accumulent toutes les difficultés, de la cage d’escalier à l’école. Les critères d’attribution des logements sociaux doivent être revus pour avoir une composition qui permette une réelle mixité, ce qui n’est plus le cas depuis des décennies.
Parmi d’autres sujets, il faut remarquer les publications suivantes :
- la dernière livraison de l’Afrique Réelle (n° 134 – février 2021) qui présente un numéro spécial sur la Libye touchant à l’histoire du pays et à sa situation présente, illustré par des cartes d’une très grande clarté.
- le Hors-Série n° 11 de la revue Conflits dont le thème est Comment dominer le ciel de demain ?
- un article publié sur le site de Capital le 26 janvier 2021 : Découvrez le Kinjal, le nouveau missile hypersonique de l’armée russe

