L’Afrique Réelle n° 136 (avril 2021)
Ce numéro comprend trois dossiers :
- Darfour : la guerre raciale.
- Les causes du réchauffement climatique de l’Afrique.
- Les Egyptiens anciens étaient-ils noirs de peau ?
S’agissant des causes du réchauffement climatique en Afrique, Bernard Lugan explique sur la base de recherches scientifiques et historiques que depuis les débuts de la période Quaternaire, l’Afrique a connu des alternances de périodes froides et chaudes, sèches et humides… Il précise que les climatologues tropicalistes ont démontré que l’actuel réchauffement est un phénomène naturel – même si la suicidaire démographie africaine aggrave dramatiquement la désertification – et de longue durée qui s’inscrit dans un cycle ayant débuté il y a 5 000 ans. Là encore sans responsabilité humaine.
Les publications du Figaro
Le Figaro Histoire Rome & Carthage Le choc des Titans
Agrémenté de très belles illustrations, de cartes en couleur et d’un schéma de la bataille de Cannes (2 août 216 av. JC), ce numéro offre une fresque de ce que fut cet affrontement entre Rome et Carthage en le situant dans son contexte géographique et historique. Le dossier est introduit par un article de Yann Le Bohec : La Guerre des Mondes. L’auteur débute son article par cette phrase, Ce fut une première guerre mondiale : « mondiale » au sens de l’Antiquité. Certes, elle n’opposa que Rome à Carthage. Mais tous les Etats de la Méditerranée y ont participé de diverses manières. Yann Le Bohec va ainsi montrer l’importance majeure de cet affrontement dans l’histoire de notre civilisation.
Le Figaro Hors-série sur Napoléon
Il s’agit là d’une remarquable synthèse de ce que furent Napoléon et son œuvre avec les contributions entre autres de Jean Tulard, Thierry Lentz, Emmanuel de Waresquiel, Patrice Gueniffey et Pierre Branda.
A ce propos, il faut évoquer la tribune parue dans Le Monde du 4 avril 2021 « Profitons du bicentenaire de la mort de Napoléon pour repenser les Invalides ».
Puisqu’il s’agit de l’homme qui a porté la France au sommet de la gloire dont l’action, certes, comme celle de tout homme ne peut être exemptée de critiques, Le Monde, à l’époque où sévissent des franges acharnées à la mise à bas de notre civilisation et de ce qu’elle représente, ne pouvait manquer de leur faire écho. Louis-Georges Tin et Olivier Le Grandmaison, revenant sur le thème du rétablissement de l’esclavage et voyant dans le personnage le fossoyeur de la République et de ses idéaux, versent dans le dérisoire : Napoléon comme Franco… nous estimons que la dépouille de Napoléon doit être rendue à sa famille.
La revue Diplomatie
Revue Diplomatie n° 108 (mars avril 2021) – Dossier sur la Russie en Afrique
Un article sur Le Corridor économique Chine-Pakistan : une pièce maîtresse des nouvelles routes de la soie (agrémenté d’une carte avec les reliefs)
Revue Diplomatie Les grands dossiers n° 61 – Géopolitique des Etats-Unis
Dans un article intitulé Une Amérique divisée, Lauric Henneton observe par rapport à l’élection du mois de novembre 2020 : La bifurcation politico-géographique s’opère depuis le début des années 2000 : les démocrates emportent de moins en moins de comtés, mais leur PIB cumulé est toujours croissant, de 45% en 2000 à 70% en 2020. Trump emporte 70% des comtés, mais ils ne pèsent que 30% du PIB américain. Le constat est assorti d’une carte sur le résultat de l’élection présidentielle de 2020 par comté.
Pour Frédéric Gagnon (Vers une homogénéisation progressive du parti démocrate américain ?), il serait de plus en plus difficile de faire des compromis entre Démocrates et Républicains car la polarisation actuelle entre ces deux partis est extrêmement importante. Le parti démocrate s’est homogénéisé sur une position plus à gauche, alors qu’à l’inverse, le parti républicain s’est homogénéisé sur une position plus à droite.
Interrogé sur l’incidence éventuelle sur la politique étrangère des Etats-Unis dans le cas où Kamala Harris deviendrait présidente des Etats-Unis, l’auteur considère que les Américains ont moins d’appétit pour un rôle prononcé à l’échelle internationale. Ce n’est pas de l’isolationnisme, mais une intervention moindre dans le monde. Cette pensée est un héritage de la guerre d’Afghanistan puis d’Irak.
La Chine et sa montée en puissance
Le Monde 9 avril 2021 Le port de Sines au Portugal, porte d’entrée stratégique de l’Europe, pris dans le conflit entre Chine et Etats-Unis
Situé à 100 km au sud de Lisbonne, Sines est la porte d’entrée de l’Europe sur la façade atlantique – le premier port en eaux profondes à distance de Panama et des Etats-Unis. Sa physionomie permet la manœuvre des porte-conteneurs géants. Dans la rivalité qui oppose les Etats-Unis à la Chine, alors que cette dernière à travers son projet de nouvelles routes de la soie multiplie les points d’entrée en Europe (A Lisbonne, fin 2018, le président Xi Jinping signait un accord sur les « nouvelles routes de la soie »), les premiers marquent leur inquiétude : En 2020, « l’ambassadeur des Etats-Unis à Lisbonne, George Glass, a pris une position assez extrême, en demandant au Portugal de choisir entre la Chine et l’allié américain, surtout en cas de décisions sur des infrastructures stratégiques, comme Sines ».
Les Clés du Moyen-Orient 8 avril 2021 Le pacte de coopération stratégique entre l’Iran et la Chine : projections de puissances communes ou opportunisme ?
Cet article de Louise Martin commente l’évolution des relations entre la Chine et l’Iran à partir de la signature à Téhéran le 27 mars 2021 du pacte de coopération stratégique de 400 milliards de dollars sur les vingt-cinq prochaines années. Elle rappelle la longue histoire de ces relations entre la Chine et la Perse. Concernant le pacte, Louise Martin a pour point de vue que les relations entre la Chine et l’Iran sont principalement opportunistes et rythmées par les politiques de rapprochement et d’hostilité de Washington et qu’il s’agit d’un partenariat très inégal et duquel l’Iran pourrait sortir perdant.
Les Crises.fr 16 avril 2021 Pourquoi les États-Unis ont tort de qualifier la Chine de menace pour « l’ordre mondial »
Il s’agit d’un article publié aux Etats-Unis après la rencontre à Anchorage, le 18 mars 2021 entre une délégation américaine conduite par Antony Blinken, le Secrétaire d’Etat américain et une délégation chinoise conduite par Yang Jiechi directeur du bureau de la Commission centrale des Affaires étrangères. L’article a été traduit par des lecteurs du site.
Pour l’auteur, dans la conception des relations avec la Chine, il y aurait quelque amélioration dans l’approche de l’administration de Joe Biden par rapport à celle de Donald Trump. Ce que ne démontre pas, il faut le souligner, les apparences et les déclarations faites lors de la rencontre d’Anchorage.
Les Etats-Unis et l’administration Biden demeurent des adeptes d’une certaine conception de « l’ordre mondial ». Cette rhétorique reflète la tendance de Washington à imaginer l’ordre mondial actuel comme un système monolithique et libéral de lois, de normes, d’institutions et d’alliances se renforçant mutuellement, soutenu par les États-Unis et leurs alliés. Dans cette optique, des États comme la Chine et la Russie cherchent à renverser cet ordre et à le remplacer par un autre plus anarchique et répressif. Cet ordre de remplacement serait-il plus anarchique ?
Le Monde 16 avril 2021 « Par maladresse ou par hubris, la Chine est en train de pousser les Européens dans les bras des Américains »
Sylvie Kauffmann rappelle qu’à la suite de la crise des dettes souveraines dans les années 2010, Poussés par les exigences allemandes, les pays endettés devaient se résigner à vendre les bijoux de famille : leurs infrastructures. Ce que n’observe pas la journaliste du Monde, c’est l’absence de vision d’une telle politique qui ne pouvait qu’affaiblir les pays concernés et les rendre vulnérables aux convoitises extérieures, ce qui fut le cas. La Chine riche en capitaux et forte de son projet de nouvelles routes de la soie a tiré bénéfice de cette situation en investissant dans des infrastructures publiques, en Grèce avec l’acquisition de concessions dans le port du Pirée et au Portugal, notamment en prenant une participation dans le capital de Energias De Portugal. Comme l’observe Sylvie Kauffmann, au total depuis 2013, la Chine a pris des participations dans quatorze ports européens. Puis les Européens ont déchanté. Les « routes de la soie » sont apparues pour ce qu’elles étaient : un projet de puissance, et d’une puissance autoritaire. En 2019, l’UE, débarrassée de sa « naïveté », a déclaré fonder sa relation avec la Chine sur un triptyque conceptuel : Pékin est un partenaire, mais aussi un concurrent et un « rival systémique ». Des retournements sont constatés en Lituanie (Elle quitte le groupe 17+1), au Portugal et en Italie. Des sanctions sont prises contre des dirigeants chinois du fait de la répression conduite par les Ouighours au Xinjiang. A l’Elysée, on constate que l’administration Biden se rapproche du « triptyque européen » : avec la Chine, a dit le chef de la diplomatie américaine Tony Blinken, les Etats-Unis seront « concurrents quand c’est la règle, coopératifs quand c’est possible, adversaires quand il le faut ».
Est-ce là l’exercice d’une souveraineté européenne, si chère à Emmanuel Macron ou un simple retour à une subordination traditionnelle après avoir pris conscience d’une subordination potentielle ?
Le Monde 15 avril 2021 Taïwan, au cœur des tensions entre la Chine et les Etats-Unis
Avec le processus d’accaparement par la Chine des eaux de la mer de Chine orientale et de la mer de Chine méridionale, la question d’une éventuelle invasion de Taiwan, au carrefour de ces deux mers, est posée sans qu’il s’agisse à ce jour de l’hypothèse la plus crédible. Pour la Chine, Taiwan a toujours été une partie intégrante du pays, il s’agirait donc d’une réunification. Ce que remarque l’auteur de l’article : Si Pékin a longtemps précisé que cette réunification devait être « pacifique », l’emploi de cet adjectif n’est plus systématique dans les discours officiels. Et, en janvier 2019, Xi Jinping a jugé que l’avenir de Taïwan était d’être régi par le principe « un pays, deux systèmes » qui définit les relations entre la Chine et Hongkong. Mais il ajoute : depuis 2020, la donne a changé. Jusque-là, malgré le statu quo, Taïwan ne cessait de perdre du terrain sur la scène internationale. Sous la pression de Pékin, la plupart de ses alliés diplomatiques la lâchaient, à l’exception du Vatican et d’une poignée de micro-Etats. Mais sa gestion jugée remarquable de la crise du Covid-19, autant que la crainte des Taïwanais que leur île subisse le même sort que Hongkong, ont incité Tsai Ing-wen à renforcer la coopération militaire et industrielle (semi-conducteurs) avec Washington et à mener, avec l’aide de l’administration Trump, une politique internationale plus ambitieuse.
Capital 24 février Le Japon et les États-Unis se préparent à un conflit naval face à la Chine
Au vu de la tension croissante avec la Chine, les Etats-Unis et le Japon renforcent leur coopération militaire. Thomas Romanacche indique ainsi que Les flottes japonaises et américaines participent à des simulations informatiques pour mieux se défendre contre des missiles chinois. En mai, la marine française les rejoindra pour mener un exercice militaire bien réel en mer de Chine méridionale. Et il développe : Un exercice militaire auquel participent 77 centres de commande américains et japonais. Baptisé Resilient Shield 2021, il s’agit d’une simulation informatique de batailles navales qui se déroule du 22 au 26 février. Le but ? Tester la coordination des armées nippones et américaines dans l’océan Pacifique face aux flottes de la Corée du Nord et de la Chine. Ces essais virtuels mettent particulièrement à l’épreuve les capacités défensives du Japon et des États-Unis.
Les Crises.fr 11 avril 2021 Chine : La puissance navale de Pékin prend l’ascendant sur l’US Navy
La Chine qui avait renoncé en 1433 à la navigation hauturière développe à marche forcée une marine de ce type qui se pose en rivale de l’US Navy. En 2015, la marine de l’Armée populaire de libération (MAPL) comptait 255 navires de guerre, selon l’Office of Naval Intelligence (ONI) américain. À la fin de 2020, elle en disposera de 360, soit au moins 60 de plus que l’US Navy, selon une prévision de l’ONI. Dans quatre ans, la MAPL disposera de 400 navires de combat, selon les prévisions de l’ONI. Remontez jusqu’en 2000, et les chiffres sont encore plus frappants… Alors que la Chine devrait disposer de 400 navires d’ici 2025, l’objectif du plan actuel de construction navale de la marine américaine, un objectif sans date fixe, est de disposer d’une flotte de 355 navires, ce qui représente un désavantage numérique important. Mais : Cela ne veut pas dire que l’US Navy a perdu son statut de première force de combat au monde. Si l’on compte les troupes, la marine américaine est plus importante, avec plus de 330 000 membres en service actif contre 250 000 pour la Chine.
Certes, il y a des chiffres concernant les navires lancés et mis en service, néanmoins la capacité d’une armée ne tient pas seulement à l’importance numérique des matériels dont elle dispose mais aussi de l’expérience acquise et donc de la qualité des personnels. Les Etats-Unis depuis la fin du XIXè siècle et l’impulsion donnée par les théories de l’amiral Mahan possèdent, comme thalassocratie, d’un savoir faire aujourd’hui incomparable. Cela ne veut pas dire que le rapport de force ne peut pas changer dans les décennies à venir. Mais la Chine, puissance continentale peut-elle être à la fois une puissance de la mer et une puissance de la terre. Pour autant, il faut remarquer que la Chine est dépendante d’approvisionnements extérieurs, particulièrement pour l’énergie et qu’elle est la grande puissance exportatrice au sein de l’économie mondiale. Il lui donc nécessaire d’être en mesure de contrôler les voies du commerce maritime.
Ceci conduit à évoquer les questions d’armement et de défense
Parmi les nouvelles armes, l’une dont il est à ce jour le plus souvent question parmi les experts est le missile hypersonique (voir DSI Hors-série n° 69 Le Boom de l’Hypersonique par Jean-Jacques Mercier). Certains y voient une avance technologique de la Russie et de la Chine. Cette dernière met au point un missile hypersonique dénommé CH-AS-X-13 dont toutes les caractéristiques ne sont pas encore connues. Dans son article, Jean-Jacques Mercier montre que les Etats-Unis sont pleinement dans la compétition en ce domaine et loin d’être dépassés. L’US Air Force a mis en chantier un programme développé par Lockheed (Hypersonic Conventional Strike Weapon – HCSW) dont l’entrée en service était prévue pour 2021 et l’US Army développe un Land-Based Hypersonic Missile dont le premier essai devrait avoir lieu en 2023.
Figaro International 13 avril 2021 Poseidon, la torpille russe qui crée des tsunamis
Poseidon (appelé aussi Status-6 ou, pour la CIA, Kanyon) est un drone sous-marin mesurant 24 mètres de long (et 2 de diamètre), qui pourrait filer jusqu’à 100 nœuds (185 km/h) à 1000 mètres de profondeur et serait équipé d’une ogive de plusieurs mégatonnes – 100 fois plus puissante que la bombe atomique larguée sur Hiroshima. La torpille, à laquelle on prête une autonomie de 10.000 km, pourrait, en explosant près des côtes, provoquer des raz-de-marée dévastateurs. Telle est la définition de l’arme donnée par l’auteur de l’article. Mais il précise : Il n’en demeure pas moins qu’aux yeux des experts, Poseidon suscite des doutes, tant sur ses aspects techniques (notamment son système de propulsion appelé pump-jet) que sur sa doctrine d’emploi. « De deux choses l’une, analyse sur ce dernier aspect Igor Delanoë. Soit on l’utilise à vitesse maximale, mais elle serait alors détectée par tous les sonars et probablement détruite avant d’atteindre sa cible, soit elle est employée sur un mode discret, se déplaçant lentement en eau profonde avec moins de possibilités d’être détectées.»
La plus grande prudence s’impose donc par rapport à ce type d’annonce. Quel est l’objectif recherchée par la Russie ? Elle ne peut qu’inciter les Etats-Unis à maintenir leur budget militaire à un niveau très élevé. Il faut rappeler que selon les statistiques établis par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, pour l’année 2020, le budget militaire des Etats-Unis s’élevait à 732 milliards de dollars (le président Biden prévoit pour 2022 un budget militaire de 735 milliards de dollars – voir : Les Crises.fr 3 avril 2021 Pentagone : Pourquoi Joe Biden ne réduira pas le budget de la Défense), celui de la Chine à 261 milliards de dollars, celui de l’Inde à 71,1 milliards de dollars, celui de la Russie à 65,1 milliards de dollars et celui de la France à 50,1 milliards de dollars.
Le Monde 8 avril 2021 Fin d’une mission « d’intérêt stratégique » en mer de Chine pour un sous-marin français
Pour la première fois en près de vingt ans, un sous – marin nucléaire d’attaque (SNA) français est revenu, mercredi 7 avril, s’amarrer en rade de Toulon (Var), à l’issue d’un périple de sept mois l’ayant mené notamment jusqu’en mer de Chine méridionale. Il s’agit du sous-marin Emeraude de la classe Rubis qui a ainsi accompli un périple de 14 000 kms avec notamment une escale à Perth en Australie et à Guam où il a été procédé à un changement d’équipage.
Business AM 31 mars 2021 6 signes qui montrent que la France se prépare à de nouvelles guerres
Pour se préparer à un conflit dit de haute intensité (c’est-à-dire des conflits d’État à État), l’armée française organisera en 2023 un exercice dénommé Orion. Il s’agira d’un exercice de division à grande échelle qui durera plusieurs jours, probablement depuis les camps de Suippes, Mailly et Mourmelon.
L’actualité internationale
Proche&Moyen-Orient 12 avril 2021 SERGUEÏ LAVROV, DOCTEUR ÈS DIPLOMATIE AVEC LES FÉLICITATIONS DU JURY
Dans son article hebdomadaire du 12 avril 2021 sur le site Proche&Moyen-Orient.CH, Guillaume Berlat présente et analyse l’entretien accordé par Serge Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie à la première chaîne de télévision russe.
D’une manière générale, le ministre russe des Affaires étrangères déplore l’usage inquiétant du terme de guerre par les dirigeants américains et ceux de l’OTAN dans la pratique diplomatique internationale (Cf. « guerre hybride déclenchée par la Russie »). Cette logorrhée conduit à un accroissement des tensions.
Guillaume Berlat reprend les principaux points de l’entretien à savoir : la dégradation de la situation en Ukraine, le rapprochement sino-russe, l’alignement de l’Union européenne sur les Etats-Unis, la révolution culturelle aux Etats-Unis, la recomposition du monde.
Serge Larov plaide pour un ordre international multilatéral, respectueux des souverainetés nationales. Sous Leonid Brejnev, l’Union soviétique ne voyait aucune menace à son existence. On peut se demander si cette position était suffisamment clairvoyante, mais c’était ainsi, estime le ministre russe. À ses yeux, l’Occident du XXIe siècle ressent une menace à son leadership, sa domination. C’est un fait. Ainsi, toutes ces manœuvres, y compris l’invention de certaines « règles » – comme dans l’ordre international fondé sur des règles, quelque chose que l’Occident a inventé pour remplacer la Charte des Nations unies – reflètent précisément cette tendance. Nous avons échangé nos positions, ou plutôt que l’Union soviétique et l’Occident moderne l’ont fait. La Russie aurait proposé, à plusieurs reprises un dialogue dès l’époque de Barack Obama (2016) jusqu’à l’investiture de Donald Trump en janvier 2017. Propositions toujours refusées….
S’agissant de la révolution culturelle aux Etats-Unis, Serge Lavrov déclare : Nous avons été les pionniers du mouvement en faveur de l’égalité des droits pour tous, quelle que soit la couleur de leur peau. Cependant, nous devons veiller à ne pas glisser vers un autre extrême, celui que nous avons observé lors des événements Black Lives Matter, et vers l’agression des personnes blanches, des citoyens américains blancs.
Les Crises.fr 11 avril 2021 [RussEurope-en-exil] Quelle sortie de la crise pour la Russie ? par Jacques Sapir
Spécialiste de la Russie, Jacques Sapir analyse au moyen de graphiques et de tableaux statistiques l’évolution de ce pays à la sortie de la crise sanitaire.
Il remarque d’emblée : Il se confirme désormais que la Russie est sortie relativement épargnée de la crise provoquée par la Covid-19. La récession y a été moins forte que dans les principaux pays développés et en particulier en Europe. Néanmoins : On peut cependant constater que le rythme de récupération de l’économie se situe nettement sous celui des Etats-Unis (dopés par les différents plans de soutien et de relance des administrations Trump et Biden), sous celui du Canada (sans doute tiré par son voisin) mais aussi légèrement inférieur à celui de l’Allemagne. Or, l’économie russe a incontestablement besoin d’une forte croissance pour achever sa transformation entamée dans les années 2013-2015.
Le Monde diplomatique Avril 2021 UNE EXTREME DROITE RECONCILIEE AVEC BRUXELLES – L’Italie, un laboratoire politique européen
Après la nomination de Mario Draghi comme Président du conseil italien, Stefano Palombarini procède à une analyse de la situation politique italienne avec une approche sociologique. Le nouveau chef de gouvernement entend dépasser le clivage gauche-droite et l’auteur constate : Que des ministres d’extrême droite siègent au gouvernement de M. Draghi n’a pas ému grand monde, ni dans les chancelleries européennes, ni dans les médias, où cette coalition nationale est présentée comme un modèle de bon sens. Il rappelle ce qu’il nomme le drame en trois actes depuis 2011, la nomination de Mario Monti et les grandes difficultés rencontrées par l’économie italienne.
Dans un rappel historique, il note : Au début des années 1990, l’Italie cesse d’être un exemple unique, parmi les pays démocratiques, de la plus totale stabilité politique. La Démocratie chrétienne, une formation centriste pilier de tous les gouvernements, sans exception, depuis 1948, s’effondre et disparaît, tout comme les partis qui étaient ses alliés.
L’aspect le plus intéressant de cet article de grande qualité est l’analyse de la sociologie électorale de l’Italie où il distingue un bloc bourgeois électoralement minoritaire mais homogène et une majorité sociale hétérogène qui s’agrège de façon variable autour du rejet de la caste, de l’hostilité à l’euro ou encore d’un élan nationaliste teinté de xénophobie… Le premier gouvernement de M. Giuseppe Conte, fondé sur l’alliance entre les deux vainqueurs de 2018, a montré toute la difficulté d’identifier une stratégie de médiation en mesure de transformer cette majorité sociale en un bloc compact… Dans l’espace structuré par l’idéologie du bloc bourgeois, la seule stratégie politique cohérente est ainsi celle… du bloc bourgeois. Cela explique la surprenante conclusion du drame italien en trois actes, avec l’unité nationale autour d’un projet libéral et européiste socialement minoritaire. Cette conclusion est cependant provisoire.
Idéologie de la déconstruction
Figaro Vox 11 avril 2021 Jacques Julliard : « Cartographie des intellectuels et de leurs controverses dans la France d’aujourd’hui »
Cet article est une analyse du livre d’Eugénie Bastié La Guerre des Idées. Jacques Julliard constate d’abord : Pas plus que la communauté internationale organisée en deux blocs antagonistes n’a résisté à l’implosion de l’Union soviétique, la communauté intellectuelle n’a résisté à l’effondrement du marxisme comme principe d’organisation du débat. Avec une vision pessimiste : Un constat tout d’abord : il n’y a plus de grands penseurs !… la vie intellectuelle, ses débats et ses combats, paraît, tout entière organisée autour des figures du passé… Foucault, Derrida et Bourdieu, sur les deux rives de l’Atlantique, forment un trio de juges de paix comme aux enfers des Anciens, Minos, Eaque et Rhadamante. Constatant la situation présente avec une résurrection de la gauche radicale, il fait une remarque particulièrement importante : on serait tenté de dire que la droite extrême a gagné la bataille des idées dans l’opinion publique, tandis que la gauche extrême est de plus en plus dominatrice à l’université et dans une grande partie des médias… Entre les deux pourtant a surgi ce que l’on peut appeler avec Eugénie Bastié un « tiers parti intellectuel » fait d’anciens hommes de gauche pour la plupart, qui se trouvent séparés des diverses factions de la gauche officielle.
Le propos suscite deux observations : d’une part à terme quelle est la bataille qui s’avérera gagnante, celle de l’opinion publique ou celle menée au sein de l’université et dans une grande partie des médias ; d’autre part, ce qui conditionne l’observation précédente, est pour le moment l’absence d’une incarnation suffisante dans cette bataille des idées gagnée au sein de l’opinion publique. Il s’agit non seulement d’accéder au pouvoir et de présenter le crédit suffisant pour cela mais aussi être capable de mener une politique qui n’aboutisse pas à un rejet par le corps électoral.
L’élection présidentielle 2022
A près d’un an du premier tour de l’élection présidentielle de 2022, les différents médias multiplient la publication de sondages. A ce jour, il apparaît que les deux personnes les mieux placées pour atteindre le second tour de l’élection sont Emmanuel Macron et Marine Le Pen avec un résultat quasi identique au premier tour. Emmanuel Macron aurait l’avantage au second tour. Xavier Bertrand qui n’est plus membre des Républicains est encore distancé et nul ne sait encore quelle sera la position de ce parti et son éventuel candidat. Quant à la gauche non seulement elle est dispersée mais l’inclination d’une partie d’entre elle, la plus active, vers l’extrême-gauche lui ôte toute chance de figurer au second tour sauf des circonstances inimaginables à ce jour.
Figaro Vox 12 avril 2021 David Desgouilles : « Marine Le Pen bénéficie de la dérive racialiste d’une partie de la gauche »
Dans l’entretien qu’il a accordé au Figaro, David Desgouilles rappelle ce qui mine une gauche emportée par des clivages comme la laïcité, l’attitude à tenir face à l’islamisme, l’importation de la culture woke des États-Unis. Face à cela Marine Le Pen assume une stratégie plus à droite pour conquérir l’électorat « bourgeois ». Mais S’agit-il d’une bonne stratégie ? Dans la mesure où elle tire les conséquences de ce qui s’est passé en 2017, on pourrait en effet répondre par l’affirmative. Mais ce n’est pas évident. Car justement, ce que lui reprochait déjà son père Jean-Marie Le Pen il y a cinq ans, c’était de jouer le second tour avant le premier. Or, elle recommence. Simplement, au lieu de viser l’électorat mélenchoniste, elle vise celui du candidat de la droite classique.
Figaro Vox 6 avril 2021 Présidentielle 2022 : pourquoi Marine Le Pen revient à droite
Comme le rappelle l’auteur, dans son analyse sociologique de l’électorat, Jérôme Sainte-Marie distingue un bloc populaire et un bloc élitaire. Est-ce sur ce constat sociologique que Marine Le Pen doit s’appuyer pour définir les axes de sa campagne présidentielle. Cependant, Las, résultats électoraux et enquêtes d’opinion auront fini par relativiser ce paradigme cher au politologue Jérôme Sainte-Marie, auteur de Bloc contre bloc, la dynamique du macronisme (Éditions du Cerf). Quels que soient les scrutins et les efforts du mouvement, les reports de voix issues de la gauche – notamment de La France insoumise – en faveur du RN n’auront relevé que de l’anecdote par rapport à ceux venant de la droite. « L’idée d’un rassemblement des souverainistes des deux rives reste très restreinte dans les études d’opinion, confirme Frédéric Dabi.
Le Monde 5 avril 2021 « En quoi Marine Le Pen serait pire ? » : ces jeunes qui voteront pour l’extrême droite en 2022
Il s’agit d’un ensemble de témoignages de jeunes, jugés suffisamment représentatifs de leur génération pour en tirer quelques conclusions sur les votes futurs. Ils ont la vingtaine, viennent de différents milieux sociaux, travaillent ou sont encore étudiants. Tous partagent un point commun : en 2022, ils sont convaincus ou envisagent sérieusement de voter pour l’extrême droite, incarnée dans les urnes principalement par Marine Le Pen et le Rassemblement national (RN), qui ralliait déjà autour de 21 % du vote des 18-24 ans en 2017. Pour ceux qui ont accepté d’exposer les raisons de leur choix, le tabou de l’extrême droite n’existe pas, ou plus : ils estiment que leurs idées sont aujourd’hui « majoritaires ».
Le Monde 5 avril 2021 Le Rassemblement national, premier parti des 25-34 ans
Complétant l’article précédent, l’article s’intéresse au vote des plus jeunes regroupés en deux classes d’âge : 18-24 ans et 25-34 ans. Après un premier constat, les jeunes votent peu, et l’abstention est de loin leur premier parti, l’auteur de l’article, Franck Johannès, observe : Lorsqu’ils votent, les 18-24 ans le font pour le Rassemblement national (RN) à la même hauteur que le reste de la population : 21 % en 2017, autour de 20 % aujourd’hui – Marine Le Pen avait obtenu 21,3 % au premier tour de la présidentielle. En revanche, Le comportement électoral des 25-34 ans est radicalement différent – les instituts de sondage considèrent qu’on fait encore partie des jeunes la trentaine passée, compte tenu des comportements sociaux et électoraux. Ils s’étaient massivement prononcés pour Emmanuel Macron en 2017 (29 %) et semblent aujourd’hui déçus : ils ne sont plus que 20 % à vouloir voter pour lui. Marine Le Pen, en revanche, engrangerait fortement des voix et passerait de 23 % en 2017 à 29 %.