Cette revue de presse comporte deux thèmes, l’un international sur la Chine, l’autre sur la politique intérieure française et la prochaine élection présidentielle
- Quelques éléments d’information sur la Chine
La revue Diplomatie, à la fois dans ses Grands dossiers (n° 62 juin – juillet 2021) et dans son numéro 110 (juillet – août 2021) a consacré à la Chine un ensemble d’analyses.
Les Grands dossiers n° 62 ont pour thème Géopolitique, Géoéconomie, Géostratégie, Chine, à l’occasion du centième anniversaire de la création du Parti communiste chinois. Dès les premières lignes du premier article Centenaire du PCC : où va la Chine de Xi Jinping, la nature néostalinienne du régime apparaît clairement. L’auteur Marc Julienne rappelle la lutte qui aboutit à l’élection de Xi Jinping comme Secrétaire général du PCC en novembre 2012 puis comme Président de la République en mars 2013. Ces deux opposants Bo Xilai et Zhou Yongkang disparurent de la scène publique quelques semaines avant le congrès de novembre 2012 avant d’être condamnés par la suite à la réclusion criminelle à perpétuité pour corruption. Du temps de l’URSS de Léonid Brejnev, s’il y avait des infortunes politiques, elles ne conduisaient plus à ses extrêmes.
- La Chine communiste de 2021 et son idéologie
Marc Julienne observe : Au-delà des slogans ressassés et peu concrets, tels que « le rêve chinois », la gouvernance de Xi Jinping se caractérise par un autoritarisme exacerbé reposant sur le concept de « sécurité nationale », la discipline et l’idéologie, et sur un aventurisme décomplexé sur la scène internationale. Si le terme d’idéologie revient à plusieurs reprises, il faut s’interroger sur la nature de celle-ci puisque l’idéologie est à la base du totalitarisme qu’il s’agisse au XXè siècle du communisme ou du nazisme. Or, dans une Chine qui s’est engagé dans une compétition économique internationale acharnée, qui a renoncé à l’appropriation collective des moyens de production et à la société sans classe, où le sort des ouvriers est, pour le moins peu enviable, quelle est cette idéologie ? Dans un article publié le 21 juillet 2021 sur Atlantico (Communisme revisité : ces nouveaux penseurs dont s’inspire Xi Jinping pour diriger la Chine d’une main de fer) Barthélémy Courmont écrit : Les influences du régime chinois depuis quelques années, et notamment après l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, semblent converger vers la reconnaissance des multiples facettes de la pensée chinoise. On pense aux travaux influents de Yan Xuetong sur le neoconfucianisme, ou encore au Tianxia 2.0 de Zhao Tingyang, entre autres… C’est une véritable rupture avec la révolution culturelle et le maoïsme, qui privilégiaient la mise au pilori des anciennes pensées et avaient pour ambition de créer une société nouvelle et « pure ». Cette ligne idéologique très prononcée, et qui mena la Chine au désastre, a donc laissé place à une approche pragmatique et inclusive de tout ce qui a fait la Chine, y-compris le nationalisme du
Kuomintang. C’est pour cette raison qu’il est erroné de considérer que le régime actuel est profondément marqué idéologiquement, sa force étant précisément de ne pas être prisonnier d’une
doctrine trop rigide. Anne Cheng dans son article publié dans les Grands dossiers de Diplomatie (La Chine réécrit-elle son histoire ?) montre en effet que les actuels dirigeants chinois veulent faire remonter l’histoire de la civilisation de leur pays aux environs de 5000 ans dans un esprit de compétition avec les civilisations du bassin méditerranéen, les civilisations mésopotamienne et égyptienne. Sans contester que la civilisation chinoise date de l’Antiquité, néanmoins, si l’on estime que la civilisation commence à l’écriture, il n’est pas possible de remonter au-delà de 1500 ans avant J-C pour la civilisation chinoise. Elle note : … la question à soulever est celle de la supposée continuité de cette civilisation, puisque la culture communiste est une culture de révolution, c’est-à-dire de rupture. Nous sommes donc face à un véritable paradoxe, d’autant plus que le régime maoïste s’est appliqué durant 50 ans à affirmer cette rupture révolutionnaire et donc à détruire absolument tout ce qui pouvait rappeler de près ou de loin l’héritage de la culture classique et de la tradition.
Idéologiquement, la Chine communisme apparaît bien avoir tourné le dos au marxisme-léninisme et à son avatar maoïste. Aujourd’hui, elle s’appuie sur un nationalisme exacerbé, moyen de garantir à une nomenklatura l’exercice d’un pouvoir totalitaire. Xi Jinping a considérablement renforcé ce pouvoir par le développement très poussé d’un appareil de sécurité et de surveillance où l’armée occupe une place essentielle. Si la chute du communisme en URSS entraina la dislocation du pays et le retour d’une Russie en deçà des frontières qu’elle avait acquises à la fin du XVIIIè siècle, la Chine, au contraire, par le virage imposé en 1979 par Deng Xiaoping, abjurant de fait l’idéal communiste pour une stratégie de puissance fondée sur l’économie, s’est élevée en compétiteur de la première puissance mondiale, les Etats-Unis dont elle espère ravir la place avant le milieu du siècle.
- La Chine et ses minorités
Mais la montée en puissance de ce qui fut l’Empire du milieu n’est pas sans risques ou menaces. Il y a bien sûr les aspects vulnérables de son économie, l’attitude de ses voisins asiatiques et la méfiance et l’hostilité qu’il peut susciter sur les autres continents. Il y a aussi la maîtrise par les dirigeants chinois de ce vaste ensemble territorial et humain qu’est la Chine. C’est l’objet du numéro 101 de Diplomatie : La Chine et ses nationalités… Ouïghours – Décryptage d’un système orwellien.
James Leibold dans un article intitulé Au-delà du Xinjiang : la répression ethnique de Xi Jinping nous indique que si la Chine est peuplée majoritairement par les Hans (environ 92% de la population), la population restante est composée de 55 nationalités. A son instauration, sous l’égide de Mao, la Chine communiste avait créé un système d’autonomie ethnique régionale qui a longtemps été un élément clé de l’approche du parti pour gérer et coopter ses populations indigènes depuis la création de la région autonome de Mongolie intérieure en 1947. En 2005, plus de 71% de la population minoritaire chinoise vivait dans l’une des quelques 1 300 unités autonomes qui couvraient 64% du territoire chinois.
Une loi de 1984 sur l’autonomie ethnique régionale a institutionalisé une série de « politiques préférentielles » visant à « mettre en place », « soutenir » et « encourager » la pleine participation des minorités non Han à la modernisation socialiste… La loi requiert « des normes et des exigences moins élevées pour l’admission des étudiants issus des nationalités minoritaires ». Mais l’effondrement de l’URSS a suscité parmi un groupe d’intellectuels et de dirigeants politiques une inquiétude quant à la possibilité d’un effondrement le long des marges ethniques du pays. D’autant que La violence associée aux émeutes de Lhassa (2008) et d’Urumqi (2009) a troublé l’establishment politique et en a convaincu plus d’un que la Chine se trouvait confrontée à un problème sérieux. James Leibold remarque alors que Le gouvernement chinois abandonne discrètement ce qu’il appelait autrefois « l’éducation à l’unité ethnique » qui, selon les critiques, met trop l’accent sur les « particularités ethniques » et pas assez sur l’identité nationale partagée. Si bien que La directive de 2019 du parti sur l’éducation patriotique insiste sur le fait que les éducateurs doivent activement « guider le peuple dans l’établissement et la persistance d’une vision correcte de la patrie, de la nation, de la culture et de l’histoire, et renforcer constamment le sentiment d’appartenance, l’identité, la dignité et l’honneur de la nation chinoise ». L’auteur remarque aussi que les 25 membres du Bureau politique du Parti sont tous des Han parmi lesquels il n’y a qu’une seule femme.
- Les Ouïghours
Aujourd’hui les Ouïghours sont particulièrement visés par la répression menée par le régime. Sylvie Lasserre (Qui sont les Ouïghours) nous indique qu’il s’agit d’un peuple turcophone et musulman qui vit au Xinjiang. Cette région, la plus vaste de Chine, située au nord-ouest de celle-ci, est un territoire stratégique pour le pays. Elle jouxte le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Pakistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan, le Cachemire indien, la Russie et la Mongolie. Elle est le passage obligé des Nouvelles routes de la soie. Historiquement, après plusieurs campagnes militaires, la région fut totalement intégrée à l’Empire chinois en 1759. Elle fut baptisée « Nouvelle frontière », Xinjiang en mandarin, en 1884. Elle connut deux vaines tentatives de création d’un Etat indépendant : la République islamique du Turkestan oriental (1933-1934) puis la République du Turkestan oriental (1945-1949). Le gouvernement chinois a entrepris une politique de hanisation de la région puisque les Hans ne représentaient que 4% de la population du Turkestan oriental en 1949 alors qu’aujourd’hui, ils sont entre neuf et dix millions pour neuf millions de Ouïghours.
Dans un autre article, Rémi Castets (Djihad sur les routes de la soie : l’islam politique ouïghour) situe l’islamisme au sein de la société ouïghour. D’emblée, il remarque que La scène religieuse, autrefois dominée par les divers courants de l’islam soufie, a été affaiblie et décimée par les vagues de la répression maoïste. Mais dans les années 1980 un bref relâchement du contrôle de l’Etat sur la société a permis à l’islam de se régénérer. L’auteur dresse un historique de l’ascension de l’islamisme dans la région. Il apparaît que le mouvement est fracturé en deux tendances, l’une islamo-nationaliste dont tous les militants ne se retrouvent pas dans l’autre tendance, celle du djihad international et de l’islam ultra rigoriste promu par les djihadistes qui évoluent en Afghanistan et ailleurs. Si les actes terroristes commis dans la région ont fortement déclinés à la fin des années 1990, les attentats se sont multipliés jusqu’en 2014 après la répression des émeutes de 2009. Le Parti islamique du Turkestan, créé à la fin des années 2000 a revendiqué nombre de ces attentats. Ce parti est allié à Al-Qaïda.
Pour juguler l’islamisme et ses différentes manifestations, les autorités chinoises mènent une répression implacable à l’encontre de la minorité Ouïghour avec la création de camps d’internement au régime extrêmement dur. Si cette répression suscite des réactions indignées au sein des pays occidentaux, il n’en est rien parmi les pays musulmans qui devraient être les principaux concernés. Tolga Bilener (La politique ouïghoure de la Turquie – Contraintes et ambivalences) se penche sur le cas de la Turquie. S’il y eut à l’origine une solidarité identitaire des peuples turciques, le réalisme économique a conduit la Turquie et son dirigeant Recep Erdogan à un retournement politique : l’émergence économique de la Chine a totalement changé la donne, faisant désormais de ce pays le troisième partenaire commercial du pays derrière l’Allemagne et la Russie. A chaque fois que le gouvernement chinois a eu quelques inquiétudes par rapport à l’attitude de la Turquie vis-à-vis de réseaux ouïghours, des mesures de rétorsion ont été prises incitant son partenaire à prendre les mesures les plus vigilantes.
- La Chine et les Talibans
Dans cet ordre, la rencontre à Pékin d’une délégation des Talibans avec des responsables chinois relatée par le Figaro du 28 juillet (À Pékin, une délégation talibane rencontre des responsables chinois) ne peut susciter aucun étonnement. Le gouvernement chinois ne tolérera pas le moindre signe de complicité ou de complaisance de la part des Talibans, dont l’arrivée au pouvoir à Kaboul est inéluctable, à l’égard de réseaux islamistes ouïghours. Pour le pouvoir communiste chinois, les Talibans pourront gérer l’Afghanistan comme ils l’entendent mais ils ne doivent en aucune manière s’immiscer dans les affaires intérieures chinoises. Les Talibans l’ont bien compris, ils peuvent espérer en retour des investissements profitables aux deux pays.
- La France et la prochaine élection présidentielle
Les élections régionales et départementales des 20 et 27 juin 2021 ont été le dernier scrutin avant l’élection présidentielle d’avril 2022, échéance déterminante pour l’orientation politique du pays depuis l’instauration, en 1962, de l’élection du Président de la République au suffrage universel. La réforme constitutionnelle intervenue en septembre 2000, réduisant le mandat présidentiel à 5 ans, l’alignant ainsi sur la durée d’une législature, a, dans la pratique, incontestablement modifié la manière dont le Président exerce son mandat. Au-delà de cet aspect, proprement politique, à l’approche de l’échéance, il convient de s’interroger sur ce qu’est aujourd’hui la réalité du pays, bien éloignée de ce qu’était la société française au début des années soixante.
- La France et son évolution sociologique depuis un demi-siècle
En effet, la France, comme nombre de nations occidentales, vit un moment dont l’Histoire, avec le recul qu’elle aura, jugera de l’importance et de ses conséquences. Néanmoins, à ce jour, ce moment, tel qu’il est vécu par certains, probablement majoritaires, recèle de profondes inquiétudes quant à la pérennité de ce qui fait le socle de notre civilisation et de notre culture, c’est-à-dire, quelles que soient les divergences, les oppositions et les fractures qui ont divisé le pays au long du temps, une manière de penser le monde et la place de l’individu dans celui-ci. Dans notre histoire, les affrontements physiques n’ont pas manqué, entre autres, les Armagnacs contre les Bourguignons, les Guerres de religion, les Révolutions… mais aussi les grands combats politiques, la République contre l’Eglise, l’Affaire Dreyfus… et puis l’opposition classique entre conservateurs et progressistes, droite et gauche… Par rapport à cette dernière, Albert Thibaudet, dans son livre publié en 1932, « Les idées politiques de la France », distinguait ce qu’il appelait un mouvement sinistrogyre, c’est-à-dire que les partis classés les plus à gauche étaient dépassés par des formations plus radicales. Au conflit posé par la nature du régime politique, République ou Monarchie et son prolongement, laïcité contre Eglise catholique se substitua la question sociale au regard de laquelle, les socialistes, réformateurs, furent dépassés en exigences par les communistes. Le Parti communiste lui-même s’affronta aux gauchistes d’inspiration trotskiste, ce qui explique en grande partie, l’attitude du Parti et son relais syndical, la CGT, en 1968, soucieux d’un retour à l’ordre moyennant des avantages matériels conséquents.
Depuis lors des bouleversements considérables sont intervenus, brouillant quelque peu dans son assise sociologique la distinction traditionnelle entre droite et gauche telle qu’elle existait depuis la fin du XIXè siècle et le début du XXè siècle. Incapable de répondre à la rupture économique du milieu des années soixante-dix, la fin des Trente glorieuses et le chômage de masse, la gauche délaissa le social pour le sociétal. A l’origine, l’échec du programme commun de gouvernement sur lequel fut élu François Mitterrand le 10 mai 1981 et le tournant de la rigueur de mars 1983.
- La rupture économique des années soixante-dix et la réorientation idéologique de la gauche
Que s’était-il passé ? A la fin des années soixante-dix, rares étaient ceux qui avaient perçu que le monde occidental, le monde développé à l’époque, vivait la fin d’une séquence économique exceptionnelle marquée par des taux de croissance de la productivité et de la production jamais observés jusque-là. Les crises pétrolières, éléments révélateurs, occultaient cette réalité. Dès lors, face à la profondeur de la rupture économique et de ses causes qui relèvent d’analyses complexes, les solutions fondées sur une vision simple d’une action directe de l’Etat à travers l’appropriation par celui-ci du capital de grandes entreprises et des principales banques ne pouvaient être qu’illusoires. Mars 1983, fut donc pour la gauche socialiste l’époque des illusions perdues et, à terme, d’un électorat perdu. La gauche éprise d’un progrès dont elle s’octroyait la définition devait donc trouver d’autres combats. Dans un univers occidental marqué depuis les années soixante par une transformation des mœurs où une pensée philosophique et ses écoles successives s’étaient progressivement détachées du marxisme et de son combat de classe (l’Ecole de Francfort avec
Erich Fromm et Herbert Marcuse tenta une synthèse entre le marxisme et le freudisme avant la French Theory inspirée par des philosophes français proches du structuralisme qui transcenda le rapport de domination économique, socle du marxisme, pour concevoir la société comme parcourue comme un ensemble de rapports de domination de différentes natures), Terra Nova, théorisa à la fin des années deux mille une nouvelle approche idéologique pour la gauche. L’électorat ouvrier s’étant tourné pour une large part vers le Front National, il appartenait alors au Parti socialiste de chercher un nouveau socle électoral parmi les « minorités », mouvements féministes, homosexuels mais aussi les populations issues de l’immigration, en nombre croissant, donc réserve électorale substantielle. Il faut observer que l’évolution économique, la désindustrialisation du pays et les changements techniques dans les modes de production et les qualifications exigées faisaient que la classe ouvrière au sens où elle était précédemment entendue s’était considérablement restreinte.
- L’état sociologique et politique de la France
Ces constats parmi d’autres doivent permettre de mieux appréhender la situation politique présente. Alors, la réflexion sur l’offre politique, celle des partis et des personnalités qui la marquent, ne saurait être dissociée de celle de la demande, c’est-à-dire de l’état de l’opinion. Si la classe ouvrière comme réalité sociologique et force électorale a dépéri, le concept de bourgeoisie, s’il est encore employé a perdu le sens qu’il pouvait lui être donné auparavant. Déjà, avec l’enrichissement général de la population, particulièrement, durant les Trente glorieuses et l’évolution des structures économiques et sociales, la notion de classe moyenne, englobante, a paru plus significative. Néanmoins, avec la chute du taux de richesse annuellement produite et le chômage de masse, la partie la plus basse de cette classe moyenne est en voie de précarisation. Aujourd’hui, le vocable de bourgeoisie se retrouve au moins, sans qu’il ne s’y confonde totalement, avec ce concept de France d’en haut dont parle Christophe Guilluy, le bloc élitaire de Jérôme Sainte-Marie ou ceux de nulle part (les anywhere) de David Goodhart. Il forme le socle électoral d’Emmanuel Macron. Cette bourgeoisie, individualiste dans son rapport à la société, partisane des réformes sociétales et de l’immigration correspond à ce propos de Gaspard Koenig formulée dans un article publié par Le Monde (Monde fermé contre société ouverte – 26 avril 2017) au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle de 2017 : Emmanuel Macron, avec sa conception de cultures françaises plurielles, assume l’irréductible diversité des destins individuels, que le politique peut accompagner mais jamais contraindre.
Ainsi, au regard des mouvements profonds qui traversent la société et les changements intervenus dans sa sociologie, une question majeure porte sur l’offre partisane et son adéquation. Du point de vue électoral, deux constats au moins peuvent être formulés. D’une part l’abstention croissante à un niveau variable selon la nature des scrutins mais aussi pour la seule élection présidentielle, le faible niveau des suffrages exprimés dont bénéficie au premier tour les deux candidats arrivés en tête de celui-ci : entre le cinquième et le quart des voix alors que le Général De Gaulle en 1965 et Georges Pompidou en 1969 réunissaient respectivement 44,65% des voix pour une participation de 84,75% des inscrits et 44,47% des voix pour une participation de 77,59% des inscrits.
- La situation à quelques mois de l’échéance présidentielle
A ce jour, si nul ne peut réellement prévoir pour les mois à venir les évolutions dans les différents domaines qui fondent les choix des électeurs, Emmanuel Macron paraît encore disposer d’un avantage, ténu certes, pour la prochaine élection présidentielle. Sa côte de popularité demeure supérieure à celle de ses deux prédécesseurs à la même période de leur mandat même si l’échec apparaît patent, d’une part ; les oppositions peinent à rassembler dans leurs champs respectifs les suffrages suffisants, d’autre part.
Avant d’aborder l’état des oppositions, dans une approche générale, il faut constater que si Emmanuel Macron ne bénéficie que d’une base électorale limitée, un quart des suffrages exprimés (en revanche, les résultats des élections régionales et départementales témoignent de l’absence d’une base partisane) celle*ci, si elle a évolué avec le temps, paraît assez homogène car assise sur cette vision de la société dite ouverte, en fait la primauté de l’intérêt individuel enveloppée d’une humanité abstraite. Par ailleurs, sociologiquement, l’opposition recouvre différents courants. Si les situations ne sont guère comparables au regard de ces oppositions, un article du Monde diplomatique publié dans sa livraison d’avril 2021 (Une extrême droite réconciliée avec Bruxelles – L’Italie un laboratoire politique européen) n’en est pas moins intéressant de ce point de vue. L’auteur, Stefano Palombarini, observait s’agissant de l’espace politique italien, l’existence d’un bloc bourgeois qui se pense comme ouvert, européiste, progressiste, socialement minoritaire mais homogène auquel s’oppose une majorité mais socialement hétérogène qui s’agrège de façon variable. Là, ce fut l’alliance éphémère conclue en 2018 entre la Ligue et le Mouvement cinq étoiles. Les oppositions étant beaucoup plus tranchées en France entre une extrême gauche révolutionnaire représentée par la France insoumise et les Ecologistes (EELV) et l’électorat du Rassemblement National, hostile à l’immigration et attachée à la souveraineté de la Nation, la réunion de telles oppositions est inimaginable.
La gauche enfermée dans les questions sociétales, la défense des minorités ou pour une part non négligeable d’entre elle dans l’illusion révolutionnaire néomarxiste ou sous couvert d’écologie pour sa composante extrême ne peut que figurer (« en coma dépassé » selon un auteur).
Partant du constat que l’élection de Marine Le Pen est difficilement envisageable du fait de l’image qui lui est attachée, manque de compétence, mais aussi de l’imprégnation dans les mentalités d’un discours médiatique sur les dangers que représenterait pour la démocratie l’accession au pouvoir du Rassemblement National (pour ce parti, si les rapprochements historiques hors de propos affluent, en revanche l’histoire du communisme bénéficie de la plus grande mansuétude, les crimes commis ne relèveraient que de déviations) la question tient donc à l’attitude de la droite parlementaire à sa ligne idéologique et surtout au respect de ses engagements. Cette droite parlementaire affirme à la fois son opposition principale à l’extrême droite tout en adoptant sur l’immigration (même Michel Barnier publie un article sur Figaro Vox, le 29 juillet 2021, demandant un moratoire sur l’immigration) les solutions prônées par le Rassemblement National, les accentuant même dans certains cas. Si la réflexion politique peut conduire à considérer qu’une alliance électorale avec le Rassemblement National serait une cause d’échec, pour autant faire de ce parti une forme d’horreur morale ne peut qu’altérer le crédit apporté aux propositions formulées. Comment concilier le rejet intransigeant d’un parti en retenant dans le même temps ses thèses les plus emblématiques et ses solutions associées ? En outre, l’absence d’un champion incontesté et les rivalités internes ne peuvent qu’obérer les chances de succès.
Il existe donc un problème de représentation politique au regard d’une opinion en majorité acquise à un retour à l’ordre et à l’autorité. Pour autant, le phénomène ne se traduit pas électoralement même si Jacques Julliard constatait dans un article publié sur Figaro Vox le 4 juillet 2021 (Jacques Julliard : « Fausse droitisation et vraies menaces ») À première vue, la droitisation de la France n’est guère contestable et s’inscrit dans la longue durée. Si l’on observe une évolution substantielle dans une part de l’univers médiatique, accompagnant l’état de l’opinion, il n’en reste pas moins qu’une classe intellectuelle, intellectuels à proprement parler, journalistes, enseignants, juges… dispose d’un pouvoir déterminant. Est-il possible aujourd’hui de mesurer pour le futur l’influence qu’auront exercée sur les jeunes esprits en formation les universitaires et autres enseignants adeptes de l’idéologie de la déconstruction sous ses différentes formes ?
- La France et les contraintes de l’Union européenne
Il est nécessaire aussi de prendre en compte le jeu international dans lequel la France se trouve impliquée et qui limite l’exercice de son libre arbitre. En premier lieu, le plus important, est son appartenance à l’Union européenne. Tout retrait par rapport à cette dernière se heurterait à une majorité de l’opinion et il ne serait pas dans l’intérêt du pays. En revanche, des évolutions profondes s’imposent dans la relation avec cet ensemble qui se veut supranational. Les vingt-sept membres de l’Union même s’ils sont égaux en droit n’ont pas la même position réelle par rapport à celle-ci. La France est la seconde puissance économique et démographique de l’Union européenne et le deuxième contributeur, la seule qui soit membre du Conseil de sécurité et qui dispose ainsi d’une responsabilité mondiale, la seule aussi qui soit une puissance nucléaire et la première puissance militaire. De plus, elle est un cœur géographique pour l’Europe, dans sa relation entre le nord et le sud avec deux façades maritimes, atlantique et méditerranéenne. En l’absence de la France, l’Union perdrait donc une réelle substance. De ce fait, la France détient un pouvoir évident vis-à-vis des instances européennes. Elle doit donc déterminer ce qui relève de sa souveraineté exclusive et ce qui peut faire l’objet de compétences partagées, celles-ci ne devant à aucun moment remettre en cause les intérêts du pays. La détermination d’un pouvoir politique se heurterait cependant à des contraintes juridiques dues aux traités qui font prévaloir un droit européen sur le droit français et qui s’imposent donc aux juges. Une réforme de la Constitution, adoptée par référendum pour avoir une incontestable légitimité sera donc nécessaire.

