- L’Afrique Réelle n° 140 (août 2021)
Quatre articles composent le numéro 140 de l’Afrique Réelle d’août 2021. Trois portent sur l’actualité africaine (Afrique du Sud : les véritables raisons du chaos ; Nigéria : la sous-traitance du jihad par les Peul ; Aux origines de la guerre du Tigré), le quatrième évoque un moment d’histoire, en l’occurrence l’opposition entre deux maréchaux de France, Hubert Lyautey et Philippe Pétain, le second étant appelé à succéder au premier pour conduire la guerre de Rif. Bernard Lugan rappelle que ce changement de commandement est intervenu à la suite d’un rapport d’évaluation critique établi par le chef de l’Armée française à l’encontre du Résident général et de la manière dont il dirigeait les opérations.
Concernant l’Afrique du Sud et les graves émeutes survenues au mois de juillet dernier dans les grandes villes du pays en protestation contre l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma, Bernard Lugan observe, contrairement aux allégations de la presse française, le journal l’Opinion mis à part, que les évènements ne relèvent pas d’une révolte sociale due à une crise économique aggravée par le Covid, mais que leur déclencheur est ethno-politique. Tout est en effet parti du ressentiment des Zulu, environ 25% de la population. Si l’ancien président sud-africain était incontestablement corrompu et poursuivi pour cela par la Justice, pour autant ses partisans ont considéré que l’Etat était contre eux.
Les pillages qui ont marqué ces émeutes sont le révélateur de la faillite économique et sociale de la « nation arc-en-ciel » si lyriquement chantée par les naïfs au lendemain de la fin de l’« apartheid ». Le bilan économique de bientôt trois décennies de pouvoir ANC est en effet sans appel : bien que totalisant ¼ du PIB de tout le continent, l’Afrique du Sud est en perdition, le pays étant classé parmi les « les moins performants » du continent, devançant à peine les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland, quatre pays en totale faillite…
- RAIDS n° 422 (Septembre 2021)
Des Abrams pour Varsovie. Le gouvernement polonais a annoncé l’acquisition pour son armée de 250 chars américains Abrams (version M1A2 SEPv3). L’important dans cette information ne tient pas à son aspect commercial mais au fait que la Pologne membre de l’Union européenne procède de manière quasi-systématique à l’achat de matériels militaires américains au détriment des industriels de ses partenaires européens. Ce qui apparaît comme une forme d’allégeance aux Etats-Unis est considéré du point de vue polonais comme la garantie d’une protection américaine vis-à-vis de la Russie et d’intentions malveillantes, supposées. D’une part, quelle que soit l’opinion qui peut être portée sur le président de la Fédération de Russie, la simple lucidité politique et géopolitique conduit à écarter une telle hypothèse. D’autre part, les évènements de ces dernières années tendent à montrer que l’appui américain ne saurait être indéfectible même si l’Europe demeure un enjeu majeur pour les Etats-Unis.
- Le Figaro Histoire n° 57 (Août-Septembre 2021)
Ce numéro a pour thème principal Le roi Arthur – L’histoire et la légende. Débutant par la présentation (Victoire De Jaeghere) du film d’Alexandre Astier, Kaamelott le Grand retour, la peinture de cette épopée se poursuit par un article d’Alban Gautier, La Vie rêvée d’Arthur, où l’auteur présente une étude très argumentée sur les origines historiques de la légende et leurs premières sources : Guerrier d’exception, roi des Bretons, héros chrétien… Le personnage le plus célèbre du monde médiéval s’est forgé au fil des siècles et des récits historiques ou légendaires sans que l’on puisse trancher sur la réalité de son existence.
Alban Gautier souligne que dans ce qui fut la Bretagne romaine, abandonnée par Rome au début du Vè siècle, aucun texte produit dans l’île entre 410 et 595 ne nous est parvenu. Si le roi Arthur, selon une légende, est supposé avoir remporté une bataille au mont Badon aux environs du VIè siècle, le premier document qui fait allusion au roi Arthur date des alentours de 830, rédigé par un nommé Nennius, qui travaillait de toute évidence pour le compte d’un roi gallois. Dans l’article suivant, La Fabrique de la Légende, Martin Aurell approfondit cette étude des sources et le contexte de l’époque et montre toute l’importance de Chrétien de Troyes dans la construction de la légende. Celle-ci avait un but : Chrétien de Troyes transforme Arthur en personnification idéale de la monarchie féodale.
Avant l’exposé de ce thème, le Figaro Histoire se penche sur le monde présent tout en restant dans une perspective historique. Rémi Kauffer dans un article intitulé La Fièvre jaune évoque la naissance du mythe du « péril jaune » à la fin du XIXè siècle, début du XXè siècle puis toute la perception de la relation avec la Chine jusqu’à nos jours.
A noter aussi la publication de deux Figaro hors-série : Par les champs et par les grèves Bretagne éternelle ; Dans le secret des fables La Fontaine, L’ami retrouvé.
- Relations internationales
- L’Afghanistan
Le retour d’un pouvoir taliban à Kaboul avant même le départ des dernières troupes américaines constitue pour les Etats-Unis et le monde occidental un revers particulièrement grave dont il est difficile aujourd’hui d’évaluer les conséquences. Au-delà des commentaires sur la situation du moment, la chute de Kaboul amène deux réflexions. La première propre à l’Afghanistan, la seconde plus générale qui tient à la capacité d’une société à faire face ou non à un mouvement révolutionnaire.
Sans se repaitre du passé, il ne faudrait pas oublier le rôle joué par l’Union soviétique et l’idéologie communiste dans la déstabilisation du pays. Sous le règne du roi Zaher Shah (1933-1973), l’Afghanistan a connu une certaine libéralisation politique (adoption en 1964 d’une nouvelle Constitution se substituant à celle de 1931 et instaurant une monarchie parlementaire) sans que s’efface pour autant le caractère ethnique de la composition du pays. Dans le domaine des relations extérieures, l’Afghanistan s’en tient à une neutralité entre les deux blocs de la guerre froide : Krouchtchev se rend à Kaboul en 1955, Eisenhower en 1959 et Georges Pompidou au début de mai 1968 (François Mitterrand intervenant à l’Assemblée nationale le 14 mai 1968 : « Non, monsieur le Premier ministre vous ne serez pas le miraculé de Kaboul »).
En 1973, le prince Daoud, cousin du roi, Premier ministre depuis 1953, prend le pouvoir par un coup d’Etat, proclame la République et appelle des communistes à son gouvernement. Daoud est renversé et assassiné le 27 avril 1978, remplacé à la tête du pays par le communiste Mohamed Taraki, lui-même renversé par son vice-Premier ministre Amin, Taraki étant assassiné. Le 27 décembre 1979, c’est au tour d’Amin d’être renversé et exécuté par des soldats de l’armée soviétique. Il s’ensuit dix années de guerre au cours de laquelle les services américains fourniront des armes à une résistance afghane par l’intermédiaire de l’Arabie saoudite. C’est là que naîtra ce qui sera dans la décennie suivante Al-Qaida.
Certes, les Etats-Unis et l’Occident, dont l’Amérique demeure d’un point de vue géopolitique le chef de file, ont échoué dans leur politique afghane. Mais, si l’échec est incontestable, pour en tirer toutes les conclusions, il faut aussi y voir la part d’un processus non maîtrisé dont l’origine remonte à près d’un demi-siècle et aux méfaits de l’Union soviétique et de l’idéologie qu’elle portait.
La deuxième leçon est d’ordre général et relève de la lucidité politique quant à la juste analyse des mouvements de déstabilisation interne d’un régime et ses chances de succès ou d’échec. En fait, il apparaît que selon la plus ou moins grande solidité de la structure sociale, une société est plus ou moins perméable à un processus révolutionnaire et peut ainsi basculer ou non. Au XXè siècle, par exemple, la Russie a sombré en 1917 dans la révolution bolchevik, tandis qu’en 1919-1920, la République de Weimar a brisé l’élan spartakiste. Dans le monde présent, le régime syrien de Bachar al Assad se serait certainement effondré s’il n’avait pas disposé au sein du pays d’un appui substantiel d’une part non négligeable de la population. Quels que soient les efforts que firent les Etats-Unis et les Occidentaux en Afghanistan, la « société civile » qu’ils voulurent développer n’a pas eu de prise réelle sur la population, dans son ensemble. Selon l’expression bien connue, Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités (De Gaulle 14 juin 1960), face à l’égarement depuis quelques décennies d’une classe dirigeante occidentale, politique, intellectuelle et médiatique, dans une morale abstraite et mal comprise, il serait temps pour cette classe dirigeante d’engager maintenant une révolution intellectuelle.
- Une réalité afghane incomprise
En illustration du propos précédent, quelques articles de presse témoignent de ces errements.
Fabrice Balanche l’exprime fort bien dans un article publié le 19 août 2021 sur le site Figaro Vox (Fabrice Balanche : « l’Afghanistan est l’archétype de la revanche de la géographie »). Pour l’auteur, le fiasco des Occidentaux en Afghanistan s’explique par la puissance de l’idéologie dans leurs décisions, qui va de pair avec leur mépris pour la géographie. Il poursuit C’est un pays de montagnes avec des vallées encaissées, des cols pour passer d’une région à une autre : c’est un pays compartimenté. Ce compartimentage physique, a un versant humain, social. Le pays compte différentes ethnies qui résident dans les vallées : les Pachtounes, les Ouzbeks, les Tadjiks. Ces ethnies sont elles-mêmes divisées en clans et en tribus, qui sont concurrentes. Même l’autorité centrale à Kaboul, du temps de la royauté, n’est jamais parvenue à poser un contrôle direct sur la population.
Dans le même ordre, une faute d’appréciation consiste à appréhender l’état d’un pays relevant d’une autre aire de civilisation selon les moments historiques traversés par les sociétés européennes. Comme si chacun passait par un processus d’évolution identique avec un seul décalage de temps, répondant ainsi à une inéluctable convergence vers des valeurs tenues pour universelles. De plus, ce qui amplifie la faute est l’interprétation erronée du moment historique.
A cet égard, l’analyse d’Amaury Coutansais Pervinquière publié sur Figaro Vox, le 24 août 2021, (Peut-on comparer les talibans à un retour au Moyen Âge ?), paraît exemplaire. En réponse à la question La comparaison entre le retour des Talibans et le Moyen Âge est-elle pertinente ? l’auteur observe : Après la prise de Kaboul, c’est devenu une référence omniprésente, qui relève de l’histoire imaginée et dit beaucoup de la manière dont on se représente le Moyen Âge. Il précise : L’image des talibans ramenant l’Afghanistan au Moyen Âge est très utilisée. Cela démontre que, pour certains, le Moyen Âge est synonyme de violence, d’obscurantisme, en particulier religieux. C’est une image forgée délibérément. L’expression même de Moyen Âge est créée de toutes pièces par des humanistes au XVIème siècle qui veulent se démarquer des siècles précédents pour se rattacher à l’Antiquité. Après avoir éclairé le lecteur sur ce que représentait la religion au Moyen-Age, la place de celle-ci et son évolution (La religion est omniprésente à l’époque médiévale, l’intégralité des actes sociaux sont des actes qui passent d’une manière ou d’une autre par la religion. Pour autant, on ne peut pas dire que la religion est un bloc monolithique, celle-ci va évoluer au fur et à mesure des siècles. Le catholicisme du VIIIème siècle n’a rien à voir avec celui du XIIème et encore moins avec celui du XVIème.), Amaury Coutansais Pervinquière souligne que ce n’est pas comparable avec ce que veulent faire les talibans. Il n’y a jamais eu, en Occident médiéval, un moment où un groupe de chrétiens radicaux fondamentalistes a pris le contrôle d’un pays. Les talibans, eux, ont un programme politique et veulent imposer d’un coup des pratiques fondées sur une certaine vision de l’Islam, ce qui n’est jamais arrivé en Occident (du moins, et encore, pas avant la Réforme au XVIe siècle).
Il faut rappeler que c’est au Moyen-Age qu’apparurent les premières bases de ce qui allait permettre plusieurs siècles plus tard la Révolution industrielle. Pierre Musso l’a expliqué dans un article publié dans la livraison de juillet 2017 du Monde diplomatique : De la réforme grégorienne à la Silicon Valley – Et l’industrie naquit dans les monastères. Il écrivait : La généalogie de la religion industrielle se déploie en Occident au terme de trois bifurcations. La première est celle de la réforme grégorienne, qui entraîne aux XII-XIIIe siècles une « première révolution industrielle » liée au changement du procédé de foulage, avec des moulins placés le long des rivières préfigurant les usines. La deuxième intervient avec la naissance de la science moderne et le programme de René Descartes visant à « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » au nom du progrès. La troisième, majeure, est celle du choix industrialiste de 1800 et la formulation simultanée d’un « nouveau christianisme » terrestre et scientifique. À chacune de ces bifurcations, l’industriation se métamorphose, et l’institution de production qui l’incarne se réorganise : monastère, manufacture, usine et entreprise. Chacune de ces institutions articule une foi qui donne sens et une loi qui organise une communauté de travail.
- Un panorama de la déroute afghane pour l’Occident
Comme chaque semaine pour le site Proche&Moyen-Orient.CH, Guillaume Berlat aborde un thème de politique internationale et son choix, le 23 août 2021, s’est porté, bien sûr, sur l’Afghanistan. Afghanistan : Etrange défaite et grande illusion !, tel est l’intitulé de son propos. D’emblée, la question est posée : La victoire en chantant des talibans s’accompagne de la déroute en pleurant des Américains mais aussi du traditionnel chœur des pleureuses occidentales. Avec cette déroute largement prévisible, n’avons-nous pas reçu un signal clair de l’avènement d’un monde post-occidental ?
Après avoir rappelé toutes les causes de l’effondrement du régime mis en place par les Etats-Unis, il en arrive à ce constat : L’effondrement des forces afghanes a surpris par sa rapidité (45 jours). Les talibans avaient bataillé pendant deux ans (1994-1996) pour prendre le pouvoir tout en ne contrôlant pas la totalité du territoire (en particulier dans le nord). Une question est dès lors posée : comment une armée quatre fois supérieure en nombre (environ 300 000 hommes dont 50 000 Forces spéciales), équipée par la première puissance mondiale a-t- elle pu être mise en déroute ? Le propos est sans complaisance non seulement pour les Etats-Unis (L’Amérique apparait de plus en plus pour ce qu’elle est, un colosse aux pieds d’argile) mais aussi pour l’ensemble de l’Occident : Du côté occidental, largo sensu, ce n’est guère plus brillant tant nous frisons le grotesque, le ridicule, le pathétique. Il ajoute : La machine incantatoire tourne à plein régime dans les capitales occidentales. Chacun y va de sa petite phrase qui ridiculise encore plus celui qui la prononce. L’Union européenne étale son incompétence, son inefficacité, sa désunion. L’Alliance atlantique frise le ridicule pendant que différents dirigeants racontent des fables. La France est rattrapée par son incompétence. Les institutions internationales n’échappent pas à la critique : Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres (qui n’existe que par son verbe), appelle la communauté internationale à s’unir pour « supprimer la menace terroriste » en Afghanistan, après le retour au pouvoir des talibans dans le pays. Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) – juridiction qui cherche toujours un os à ronger pour justifier de son existence – s’est dit particulièrement préoccupé par la situation en Afghanistan, évoquant des crimes et des exécutions en guise de représailles pouvant relever de violations du droit international humanitaire.
Il en arrive à ce constat sur l’avènement d’un monde post-occidental : Alors que les cartes sont rebattues dans la région, le modèle occidental de civilisation continue d’être contesté. Les conclusions qui s’imposent doivent/devraient être tirées rapidement pour prévenir de nouvelles déconvenues encore plus graves… Aujourd’hui, il est clair que le déclin programmé de l’Occident, s’apparente, à certains égards, à la décadence de l’empire romain. Après avoir évoqué l’Asie centrale où les cartes sont rebattues, les opportunités offertes à la Chine, la Russie, l’Iran, Guillaume Berlat termine son article par un regard sur le Sahel.
- L’Etat islamique du Khorasan
L’Etat islamique du Khorasan (ISKP), branche locale de l’Etat islamique en Afghanistan et au Pakistan a revendiqué les attentats commis le 26 août dernier à l’aéroport de Kaboul. Dans un article en deux parties publiées les 10 et 18 juin 2020 sur le site Les Clés du Moyen-Orient (L’État islamique dans le Khorasan), Gabriel Romanche a expliqué de manière aussi claire qu’argumentée ce qu’est cet Etat islamique du Khorasan dont les premières mentions apparaissent en juillet 2014. Le terme de Khorasan correspond à la dénomination ancienne d’une région couvrant l’Afghanistan, une partie du Pakistan, de l’Iran et des pays centrasiatiques, est mentionné dans un hadith rapporté selon lequel le prophète Mahomet aurait affirmé que la conquête de l’Inde (ou sa conversion) sous la bannière noire des moudjahidin se ferait à partir du Khorasan et serait un signe annonciateur des derniers jours et des ultimes combats dans le Cham (Levant).
Dans les années quatre-vingt, lors de la guerre contre l’armée soviétique des groupes arabes sont intervenus dans le pays se réclamant d’une vision salafiste de l’Islam, souvent fortement marquée par le wahhabisme saoudien. Ils ont formé au salafisme des réfugiés afghans et des Pachtouns pakistanais. Néanmoins, l’auteur précise que le salafisme en Afghanistan est anecdotique mais persistant, la pratique locale étant hanafite. Géographiquement, l’ISKP est implanté dans l’est de l’Afghanistan dans la province de Nangarhar, frontalière des zones tribales pakistanaises et en particulier des districts de Mohmand, Khyber et Kurram, dans lesquels le Terek-e-Taliban Pakistan (TTP) était particulièrement actif. Le Terek-e-Taliban Pakistan est, à l’origine, un groupe de Taliban pakistanais qui a commis de nombreux attentats et dont des commandants ont rallié l’Etat islamique. Les Taliban afghans qui furent proches d’Al-Qaida s’opposent à l’Etat islamique notamment pour leur action à l’encontre des populations civiles et d’un point de vue doctrinale quant à la position par rapport aux chiites : Outre la position doctrinale qui conduit les Taliban à parler des « frères » chiites (en contradiction avec la majeure partie des groupes djihadistes sunnites comme avec les positions de l’école hanafite dont ils se réclament), la confessionnalisation du conflit et les attaques contre les populations civiles mettent en péril le projet politique national des Taliban.
Gabriel Romanche conclut : Malgré son ancrage dans les zones tribales pakistanaises, le manque de profondeur stratégique n’a pas permis à l’ISKP de s’opposer durablement aux Taliban. Ces derniers ont en revanche fait la démonstration de leur capacité à mobiliser et concentrer rapidement un nombre très important de combattants, mais aussi à adapter leur communication locale et internationale pour faire face à une menace nouvelle.
- La Chine et l’Afghanistan
Plusieurs facteurs expliquent l’attitude chinoise à l’égard des Taliban et l’ouverture d’un dialogue caractérisé notamment par la rencontre à Pékin, le 28 juillet 2021, d’une délégation des insurgés afghans avec le ministre des Affaires étrangères chinois. Outre la volonté chinoise d’écarter toute menace sur le Xinjiang due à un soutien au mouvement islamiste local, l’intérêt de la Chine est aussi économique. Il touche notamment aux richesses que recèle le sous-sol afghan. Dans un article intitulé « La Chine fera tout pour mettre la main sur les minéraux stratégiques de l’Afghanistan », publié le 25 aout 2021 sur le site Figaro Vox, Armelle Bohineust indique que L’attrait du lithium et des autres minéraux précieux dont regorge l’Afghanistan va-t-il raviver le Grand Jeu ? Avec, en lieu et place de la rivalité historique entre l’Angleterre et la Russie, une compétition avivée entre la Chine et le monde occidental. L’enjeu ? Le trésor sur lequel sont assis les talibans, à savoir des minéraux stratégiques pour le monde entier… Pékin va chercher à exploiter des mines afghanes pour « délocaliser la destruction environnementale qui accompagne l’extraction de terres rares et de lithium », prévoit Nick Crawford, du think-tank britannique IISS. Néanmoins, cette exploitation va se heurter à des difficultés conséquentes qui tiennent au manque d’infrastructures du pays, aux conflits qui opposent les différentes factions talibanes et à l’attitude des Pachtouns dont les territoires abritent une grande partie des richesses souterraines afghanes.
- La Turquie
En premier lieu, s’agissant de la Turquie et de son président Recep Erdogan, il faut rappeler la publication du dernier livre de Laurent Artur du Plessis : Erdogan ou la chute de l’Occident aux éditions Jean-Cyrille Godefroy.
Les Grands dossiers n° 63 (Août-Septembre 2021) de la revue Diplomatie ont pour thème Géopolitique de la Turquie. Parmi les articles, il faut signaler celui de Jean-Paul Burdy : Des centrales au charbon au « projet fou » de Kanal Istanbul. Si l’auteur s’avère très critique quant au respect de l’environnement par les autorités turques (la Turquie n’a pas ratifié l’Accord de Paris de 2015 sur le climat), ce qui retient notamment l’attention dans cet article est la percée d’un canal sur la rive occidentale du Bosphore joignant la mer Noire à la mer de Marmara. La première pierre de ce canal d’une longueur de 45km, d’une largeur de 150 m et d’une profondeur de 25 m a été posée le 26 juin 2021.
La construction de ce nouveau canal remet-elle en cause les principes réglant la navigation dans les détroits turcs tels qu’ils ont été définis par la Convention de Montreux de 1936 ? Emile Bouvier dans deux articles successifs publiés les 4 et 6 mai 2021 sur le site Les Clés du Moyen-Orient (La Convention de Montreux : quel est cet accord historique que le futur Canal d’Istanbul risque de compromettre (1/2) ? De l’Antiquité au traité de Lausanne (1923) : les détroits turcs, un enjeu géostratégique permanent et La Convention de Montreux : quel est cet accord historique que le futur Canal d’Istanbul risque de compromettre (2/2) ? Contenu de l’accord et enjeux actuels) rappelle l’historique de la navigation dans ces détroits et les accords et conventions intervenus depuis le XIXè siècle jusqu’à celle de Montreux de 1936.
- Quelques commentaires sur la situation économique
La situation intérieure est encore largement dominée par les contraintes qu’impose l’épidémie de Covid 19. Selon l’INSEE, en 2020, le PIB de la France a diminué de 7,9% en volume par rapport à l’année précédente (en 2018 et 2019, les taux de croissance en volume ont été respectivement de 1,9% et 1,8%). Si l’activité économique a reculé aussi bien par une diminution de l’offre que de la demande, pour autant il n’y pas en de destruction d’actifs. Nul ne peut réellement prévoir ce que sera l’évolution future mise à part à court terme une reprise par un effet mécanique. Néanmoins, il faut observer que les années précédant la crise sanitaire ont été caractérisées par une croissance moyenne en volume du PIB faible et une croissance de la productivité elle-même très basse voire stagnante.
Pour éviter ce qui aurait pu être un effondrement économique des pays de la zone euro, la Banque centrale européenne, à l’instar des autres banques centrales a mis en place un nouveau programme dit d’assouplissement quantitatif : Le Pandemic Emergency Purchase Programme (PEPP). Au fil des mois et au vu de la conjoncture, la BCE a décidé plusieurs augmentations de son niveau d’intervention.
– Quelques chiffres sur les interventions du Système européen de banques centrales et sur la répartition de la dette publique française.
A la fin du mois de juillet 2021, le montant total des achats réalisés par le Système européen de banques centrales s’élevait à 1 229,199 milliards d’euros, soit, principalement, 301,191 milliards d’euros au profit de l’Allemagne, 220,705 milliards d’euros pour la France, 208,705 milliards d’euros pour l’Italie et 140,702 milliards d’euros pour l’Espagne.
Du point de vue des positions respectives des banques centrales au sein du système Target 2, au 30 juin 2021, la Deutsche était excédentaire de 1 101,9 milliards d’euros, la banque centrale du Luxembourg était aussi excédentaire de 319,8 milliards d’euros. A l’inverse la banque centrale d’Italie et la banque centrale d’Espagne étaient respectivement déficitaires de 521,5 milliards d’euros et de 503,9 milliards d’euros. Pour sa part, la Banque de France n’enregistrait qu’un déficit de 20 milliards d’euros.
Pour une description claire et schématique du système Target 2, le lecteur peut se référer au bulletin Trésor-Eco n° 284 Mai 2021 : Les déséquilibres TARGET 2 en zone euro.
Concernant la dette française le bulletin mensuel de l’Agence France Trésor (n° 372 Mai 2021) présente une répartition de celle-ci entre les différents types d’acteurs. Les non-résidents détiendraient 52% de la dette totale (5% les banques commerciales non-résidentes ; 25% les entités non bancaires, non résidentes ; 18% secteur public non-résidents) et 48% pour les résidents (16% banques commerciales résidentes ; 17% les entités non bancaires résidentes ; 18% la Banque de France). Si bien que pour France-Trésor, abstraction faite de la dette détenue par la banque centrale – la Banque de France – au titre de l’Eurosystème, les investisseurs résidents détiennent environ un tiers de la dette tandis que les non-résidents en détiennent les deux-tiers et ce ratio est resté stable au cours de la décennie écoulée.
– Les soutiens à l’économie : comparaisons internationales
Dans une étude détaillée publié sur le site Les Crises.fr ([RussEurope-en-Exil] Les réactions des gouvernements au choc économique de la crise sanitaire en 2020), Jacques Sapir mesure les niveaux d’intervention économique d’un nombre substantiel d’Etats dans le contexte de l’épidémie de Covid 19 au regard du recul des différents PIB de ceux-ci. Il s’agit d’une analyse statistique approfondie, fondée en particulier sur les données du FMI.
Jacques Sapir distingue deux types d’aides : les aides budgétaires et les aides en liquidités (garanties de crédit…). Afin d’obtenir des résultats harmonisés, Jacques Sapir use d’une méthode statistique qui à partir de données brutes et de graphiques en nuages de points permet de calculer pour les deux types d’aides et les aides totales une tendance moyenne et des coefficients de corrélation moyens.
Au vu des données du FMI, il apparaît en premier lieu que l’effort de quatre pays se situe entre 30% et 45% de leur PIB (Japon, Italie, Allemagne et Royaume-Uni) et cinq autres pays se situent entre 15% et 25% de ce PIB (France, Etats-Unis, Canada, Espagne, Australie).
Le grand intérêt de l’étude tient au calcul des proportions des aides (aides budgétaires, aides en liquidités et aides totales) au regard du recul du PIB. Jacques Sapir retient deux hypothèses :
> l’ampleur de la récession subie en 2020 engendre une réaction d’aide proportionnelle à la récession (sachant qu’un choc double entraîne une réaction double) – Hypothèse 1 ;
> l’ampleur des aides est plus que proportionnelle à la récession ; un approfondissement de la récession contraignant les autorités à accroître bien plus leur soutien à l’économie – Hypothèse 2.
S’agissant de la France et du montant global des aides et sur un total de 25 pays retenus, la France se situe à la 10ème place dans l’hypothèse 1 (écart positif + 6,1% et à la 13ème place dans la seconde hypothèse (écart positif + 12,2%). Dans le détail des aides, aides budgétaires et aides en liquidités, la France comme ses partenaires européens apparaît nettement mieux placée pour les aides en liquidités. Jacques Sapir souligne ainsi que le rôle de la BCE est ici bien mis en valeur alors que les pays de l’UE et de l’UEM apparaissent nettement moins bien placés pour les aides budgétaires.
Si la France a réalisé un effort particulièrement soutenu pour limiter la récession et ses conséquences, il n’apparaît pas démesuré par rapport à d’autres Etats comparables. Elle se situe dans la moyenne ou un peu au-dessus.
