Marie-Christine Lasnier consacre son émission au thème : « Le Paris de la modernité et Le Sacre du printemps de Stravinsky (1/3) »
Depuis saint Denis, qui se promena là-haut portant sa tête sous le bras, bien des miracles se sont produits sur le mont des Martyrs ; le dernier aura été l’éclosion subite de la peinture moderne au sommet de la Butte. C’est là, on l’oublie trop, qu’est né l’impressionnisme, puis le fauvisme, le cubisme. Montmartre est la terre des prodiges. En Beauce, on sème le blé ; dans le Nord, on arrache la betterave ; à Montmartre, on étale de la couleur, on arrose avec un peu d’huile et le chef-d’œuvre jaillit tout seul. Il n’y a plus qu’à récolter.
(Roland Dorgelès, Au beau temps de la Butte, 1962)
J’entrevis dans mon imagination le spectacle d’un grand rite sacral païen.
(Igor Stravinsky, Chroniques de ma vie, 1913)
« Premier tableau : L’Adoration de la Terre
Printemps. La Terre est couverte de fleurs. La Terre est couverte d’herbe. Une grande joie règne sur la Terre. Les hommes se livrent à la danse et interrogent l’avenir selon les rites. L’Aïeul de tous les sages prend part lui-même à la glorification du Printemps. On l’amène pour l’unir à la Terre abondante et superbe. Chacun piétine la Terre avec extase.
Deuxième tableau : Le Sacrifice
Après le jour, après minuit. Sur les collines sont les pierres consacrées. Les adolescentes mènent les jeux mythiques et cherchent la grande voie. On glorifie, on acclame Celle qui fut désignée pour être livrée aux Dieux. On appelle les Aïeux, témoins vénérés. Et les sages aïeux des hommes contemplent le sacrifice. C’est ainsi qu’on sacrifie à Iarilo, le magnifique, le flamboyant [dans la mythologie slave, Iarilo est le dieu de la nature]. »
(Programme du Sacre du Printemps, 29 mai 1913)
Références :