Marie-Christine Lasnier consacre son émission au thème : « Le Paris de la modernité et Parade d’Erik Satie (2/3) »
L’heure est grave.
Tout homme digne de ce nom doit aujourd’hui agir, doit se défendre, de rester inactif au milieu de la plus formidable conflagration que l’histoire ait jamais pu enregistrer.
Toute hésitation serait un crime.
Point de paroles, des actes.
Des étrangers amis de la France, qui, pendant leur séjour en France, ont appris à l’aimer et à la chérir comme une seconde patrie, sentent le besoin impérieux de lui offrir leurs bras.
Intellectuels, étudiants, ouvriers, hommes valides de toutes sortes – nés ailleurs, domiciliés ici – nous qui avons trouvé en France la nourriture de notre esprit ou la nourriture matérielle, groupons-nous en un faisceau solide de volontés mises au service de la plus grande France..(Blaise Cendrars, L’appel aux étrangers vivant en France, extrait, 29 juillet 1914)
Il n’y a pas que les machines à écrire qui scandalisèrent dans Parade. Tout était neuf – argument, musique, spectacle – et c’est avec stupeur que les habitués des Ballets russes d’avant 1914 virent se lever le rideau de Picasso, déjà tout à fait insolite pour eux, sur un décor cubique. Ce n’était plus le scandale franchement, strictement musical du Sacre du printemps. Cette fois, chaque art ruait dans les brancards. Et le spectacle monté en 1917, en pleine guerre, parut à certains un défi au bon sens. La musique de Satie, si simple, si crue, si naïvement savante, comme un tableau du Douanier Rousseau, fit scandale par sa désinvolture. Pour la première fois […], le music-hall envahissait l’Art – avec un grand A. En effet, on dansait un one step dans Parade. À ce moment-là, la salle se déchaîna en huées et en applaudissements. Tout Montparnasse, au poulailler, hurlait : « Vive Picasso ! » Auric, Roland-Manuel, Tailleferre, Duret et beaucoup d’autres musiciens hurlaient : « Vive Satie ! » Ce fut un beau scandale.
(Francis Poulenc, extrait de Moi et mes amis, 1963, cité dans Chatelet ! Le Magazine, 2019)
Références :

Marie Vassilieff, Le Banquet de Braque, 1917, gouache, coll. part.

Modigliani, Portrait de Dédie, 1918, Centre Pompidou

Ingres, Madame Rivière, 1805, Louvre (œuvre non présente)





