- L’Afrique Réelle n° 138 (juin 2021)
Ce numéro comprend :
- un article sur les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla (CEUTA ET MELILLA PLAZAS DE
SOBERIANO ET PORTES DE L’IMMIGRATION) ; - un dossier sur le Tchad expliquant les composantes démographiques du pays et rappelant les différentes guerres qu’il a subies depuis 1965.
L’éditorial de Bernard Lugan porte, d’une part sur la déferlante migratoire sur l’enclave espagnole de Ceuta observant la faute commise par le gouvernement espagnol en organisant clandestinement l’hospitalisation du chef du Polisario Brahim Gali et, d’autre part il commente deux très graves fautes politiques et historiques commises par Emmanuel Macron lors de son récent voyage au Rwanda. L’armée française n’était plus présente au Rwanda, le 6 avril 1994 lors du début du génocide. Elle a œuvré pour une intervention militaire qui ne fut autorisée par le Conseil de sécurité le 22 juin suivant. De plus, le Président de la République a occulté toutes les connaissances qui résultent de toutes les investigations faites par le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda).
- Le Figaro Histoire n° 56 Juin Juillet 2021
1871 La Commune Entre Révolution et Guerre civile
Un éditorial de Michel De Jaeghere dont la phrase suivante est extraite :
La Commune donne l’exemple fascinant d’un épisode qui continue d’être nimbé, cent cinquante après sa tragique conclusion, de l’aura romantique des révolutions qui n’ont pas eu le temps de se retourner contre elles-mêmes, défaire la preuve de leurs penchants totalitaires, parce qu’elle a été écrasée dans l’œuf avant d’avoir rien pu entreprendre de grand.
- Défense
- DSI – Défense & Sécurité Internationale – n° 153 Mai Juin 2021
Il faut retenir, entre autres, un article de Renaud Bellais : Une réalité des dépenses militaires en trompe-l’œil
En mai 2020, la Chine a annoncé que ses dépenses de défense atteindraient 178 milliards de dollars, représentant le second budget au monde après celui des Etats-Unis.
Il faut rappeler que pour l’année 2020, le budget de la défense des Etats-Unis était d’un montant de 728 milliards d’euros.
Dans les comparaisons internationales des budgets militaires, il existe au moins deux biais :
- d’une part, les périmètres que recouvrent ces budgets (des dépenses qui contribuent à la défense d’un pays peuvent être affectées à d’autres ministères et d’autres domaines ;
- d’autre part, la parité des pouvoirs d’achat : l’Heritage Foundation a calculé qu’en réalité un dollar dépensé par la Chine représentait l’équivalent de 1,95 dollars aux Etats-Unis. A budget identique, l’APL peut acquérir presque deux fois plus de moyens.
- RAIDS n° 4198 – Juin 2021
Deux articles à noter :
- Armée française Les forces spéciales Terre en Côte d’Ivoire
- Guerre sous-marine au Proche-Orient (Une guerre navale se livre discrètement en mer d’Oman, dans le golfe Persique et en mer Rouge. Derrière ces actions de sabotage, on devine la présence de la composante maritime des pasdarans iraniens. Mais aussi celle des commandos marine israéliens).
- GBM (Guerre, Blindés & Matériels) n° 136 Avril-Mai-Juin 2021
Pour les férus d’histoire militaire et de la précision et de l’exactitude des faits, il faut signaler cette excellente revue dirigée par François Vauvillier. Elle offre aux lecteurs des articles particulièrement complets notamment sur la campagne de mai-juin 1940 et l’action des formations blindées de l’armée française. Les matériels, leur nombre et leurs caractéristiques sont rigoureusement recensés. Un état des projets et des prototypes est présenté dans différents numéros. Les opérations et les manœuvres sont expressément étudiées, descendant au niveau de la section.
Si la revue comporte aussi de nombreux articles sur les matériels et la composition des unités élémentaires de l’armée française durant la première guerre mondiale et dans les années qui l’ont précédées, concernant la campagne de mai-juin 1940, la lecture de la revue permet de comprendre la réalité des engagements et les causes de la défaite malgré le courage et la volonté de la troupe sur le terrain.
- Relations internationales
- Diplomatie n° 109 Mai-Juin 2021
Cette nouvelle livraison comporte notamment un dossier intitulé : Frontières L’empreinte géopolitique.
Dans un article intitulé Lire les frontières dans un monde globalisé, Daniel Meier, chercheur associé au laboratoire PACTE et enseignant à Sciences Po Grenoble soutient la thèse selon laquelle les frontières loin de disparaître évoluent dans leurs modalités : Contrairement à une croyance qui a voulu voir dans la mondialisation l’abolition des frontières, le système frontalier s’est sophistiqué en disparaissant des lignes frontières classiques pour se rematérialiser en deçà et au-delà de ces lignes par des contrôles soutenus par un dispositif technologique constitué de bases de données en expansion continue. C’est ce que le politiste Didier Bigo a synthétisé sous la formule de « pixellisation des frontières ». La résultante a été, d’une part, un surcroît de points frontaliers et, d’autre part, une forme d’individualisation de la frontière, puisque des bases de données effectuent un tri rapide des voyageurs à partir d’une liste d’indicateurs et d’informations compilées au fur et à mesure que l’on se déplace.
Le dossier comporte d’autres articles notamment Frontière Etats-Unis/Mexique : une militarisation bipartisane à fort intérêt industriel, Frontières et conflits au Moyen-Orient, L’Afrique et ses frontières : mythes et réalités.
- Proche&Moyen-Orient.CH
Article de Guillaume Berlat du 24 mai 2021 : Diplomatie agressive : entre mesure et démesure
Citant en préambule une phrase de Gabriel Hanotaux écrite en 1938 : « La diplomatie a pour mission de parer les chocs qui peuvent conduire à la discorde et à la rupture », l’auteur constate : Avec le retour de la puissance et de la défiance, la grammaire des relations internationales au XXIe siècle subit diverses turbulences. Des concepts que l’on pensait immuables sont actuellement remis en cause. Au lieu d’être mise au service de la conciliation d’intérêts nationaux contradictoires, la diplomatie peut être utilisée au bénéfice de leur antagonisation.
Il cite notamment les propos de l’ambassadeur de Chine en France et les propos injurieux à l’encontre de personnalités françaises (Antoine Bondaz, chercheur français de la FRS).
Mais il rappelle que pour Raymond Aron : « L’art de convaincre du diplomate et l’art de contraindre du militaire sont indissociables ».
- Eléments n° 190 Juin-Juillet 2021
Entretien avec Hubert Védrine auteur du Dictionnaire amoureux de la géopolitique.
S’agissant du Rwanda, il déclare : Je pense sincèrement que les accusations contre la France au Rwanda sont une des plus grandes fake news lancées contre notre pays depuis les intox de la guerre froide.
D’une manière générale, sur la gauche, il observe : Je ne me reconnais pas du tout dans cette gauche qui a dégénéré, composée de gauchistes devenus fous qui veulent réduire à la mort sociale ceux qui ne pensent pas « correctement ».
- L’idéologie de la déconstruction
Figaro Vox publie très régulièrement des analyses sur la gauche américaine, l’idéologie woke et la cancel culture. Il faut noter deux articles récents :
- Rod Dreher : « L’idéologie woke mènera au goulag », le 28 mai 2021
- Matthieu Bock-Côté : « Rééducation à l’américaine », le 28 mai 2021
Un autre article d’Adrien Jaulmes a été publié sur le même thème sur le site Figaro International : Georgetown, fac américaine livrée à la culture de l’annulation, le 30 mai 2021.
Rod Dreher, écrivain et journaliste américain dont le dernier ouvrage, traduit en français, vient d’être publié : Résister au mensonge, vivre en chrétien dissident, aux éditions Artège. Dénonçant dans son livre le soft totalitarisme qui sévit en Occident, il écrit : Pour saisir toute la menace du totalitarisme, il est important de comprendre ce qui le différencie du simple autoritarisme. L’autoritarisme, c’est lorsque l’État a le monopole du contrôle politique, c’est le cas en dictature. Une société totalitaire, cherche quant à elle à transformer toutes les traditions et les institutions antérieures afin d’en contrôler tous les aspects. Un État totalitaire est donc un État qui cherche à définir et contrôler le réel, c’est-à-dire, décider pour vous ce qu’est la vérité. Il ajoute : Les communistes ne s’opposaient pas, par exemple, à des vérités telles que 2 +2 = 4 ; le totalitarisme qui sévit aujourd’hui considère qu’il n’y a de réel que dans l’esprit, ainsi, ils peuvent très bien convenir que 2 + 2 = 5.
Il observe : Le wokisme exploite la préférence décadente de l’homme moderne pour les plaisirs personnels plutôt que pour de grands principes, dont les libertés politiques. Le peuple n’offrira aucune résistance au soft totalitarisme à venir (quand il ne le soutiendra pas carrément), non pas parce qu’il craindrait qu’on lui fasse subir des châtiments cruels, mais parce qu’il sera plus ou moins satisfait de son confort hédoniste.
Pour Mathieu Bock-Côté : La nouvelle révolution américaine vient des campus mais n’y est plus cantonnée : son idéologie se déploie désormais dans les administrations publiques et privées. Evoquant le cas de dirigeants masculins blancs de Lockheed Martin avaient dû participer à un séminaire sur plusieurs jours pour apprendre à reconnaître leur « privilège blanc » et apprendre à le déconstruire en se livrant au rituel de l’autocritique raciale. Il y voit donc un travail constant de rééducation. Ainsi : Cette nouvelle idéologie américaine s’impose partout en Occident en traitant les pays qui y résistent en provinces rebelles à mater. L’expérience américaine, fondamentalement révolutionnaire, cherche à s’exporter, comme si elle entendait se poser comme norme à suivre pour toutes les sociétés, et plus encore pour celles prétendant suivre les évolutions de la modernité.
Dans son article (Georgetown, fac américaine livrée à la culture de l’annulation), Adrien Jaulmes présente un exemple concret, la mise en cause de deux enseignants de l’université dont un échange avait été enregistré alors qu’ils étaient connectés sans le savoir après la fin d’une vidéo-conférence. L’une constatait avec désappointement, sans expression raciste, que beaucoup de ses étudiants noirs avaient de mauvaises notes, son collègue se contentant d’opiner de la tête. Certes, il y eut probablement un manque de prudence au regard d’un environnement technique qui n’est pas maîtrisé mais, malgré les excuses, l’auteur du propos a dû démissionner de son poste et il est reproché à son collègue de ne pas l’avoir contredite. Il en est résulté que : Le doyen annonce une série de nouvelles mesures : la mise en place dès la rentrée d’une « formation à la non-discrimination » et l’« allocation d’une bourse aux membres du corps enseignant qui souhaitent travailler pendant l’été à l’élaboration de matériel pédagogique traitant de la justice raciale, des inégalités raciales, ainsi que des expériences et de l’action des groupes traditionnellement marginalisés». Mais, surtout, il annonce que les étudiants auront désormais la possibilité de signaler « de façon confidentielle auprès du Bureau de la diversité institutionnelle, de l’équité et de l’action positive » d’éventuels incidents racistes.
- Economie
A ce jour, de grandes incertitudes demeurent sur l’évolution de la situation économique dans les prochains mois et les prochaines années. Il faut déjà constater qu’à la veille de l’épidémie le taux de croissance économique était très faible. En France, pour la décennie 2010, le taux de croissance moyen annuel en volume était de 1,3%. Si ce taux de croissance a été sensiblement plus élevé aux Etats-Unis, les déficits budgétaires et commerciaux étaient abyssaux.
Dans sa dernière livraison de juin 2021, le Monde diplomatique publie un article de Renaud Lambert intitulé : L’annuler ou ne pas l’annuler ? Quand la dette fissure la gauche française. Dans cet article qui comporte de multiples citations d’auteurs, Renaud Lambert défend notamment l’idée d’une annulation de la dette détenue par la BCE au profit d’investissements dans la transition écologique. Ce qui ne manque pas de soulever de nombreuses questions. Par ailleurs, dans le cours du propos il est indiqué : « Les annulationnistes instituent la dette comme un problème, analyse Tinel. C’est une erreur. » Dans un ouvrage paru en 2016 (17), l’économiste démontre qu’elle constitue moins la cause que la conséquence des difficultés économiques de pays comme la France. « En donnant la priorité à la lutte contre l’inflation à partir de la fin des années 1970, nous explique-t-il, les pays capitalistes avancés acceptent de faire tourner leurs économies au ralenti, quitte à ce que le chômage s’emballe. »
Cette affirmation quant à l’origine du ralentissement de la croissance économique est contestable. Les études statistiques portant sur les économies occidentales développées ont montré que le milieu des années soixante-dix a été caractérisé par une rupture de la croissance de la productivité, celle-ci étant pour l’essentiel à la base de la croissance du produit intérieur. En 2019, pour l’économie française, la croissance de la productivité a été nulle, le même phénomène étant observé en Allemagne. De ce point de vue l’article de Patrick Artus paru sur Atlantico le 15 mai 2021 (Le capitalisme contemporain ne produit plus les richesses promises) doit être lu avec le plus grand intérêt. Il évoque notamment les travaux de Larry Summers et ceux de Robert Gordon sur la stagnation séculaire. la « stagnation séculaire » (secular stagnation), renvoie aux travaux menés par Alvin Hansen à la fin des années 1930. Ce professeur de Harvard estimait déjà à l’époque, avec certains de ses contemporains, que la Grande Dépression avait marqué le point de départ d’une baisse irrésistible du taux de croissance tendanciel de long terme. La thèse serait invalidée par la croissance des Trente Glorieuses, mais qui aurait pu imaginer, lorsque Hansen a conduit ses travaux, que les nécessités de la reconstruction post-1945 bouleverseraient toute prévision ? En tout cas, la parenthèse des Trente Glorieuses refermée, la question de la croissance n’a pas tardé à refaire surface.
La reconstruction ne fut pas le seul facteur de la croissance des Trente glorieuses mais le basculement dans une société de consommation de masse riche en produits industriels et pour beaucoup fabriqués localement.
La question aujourd’hui posée est la capacité d’une économie développée parvenue à un certain niveau à générer une croissance économique suffisante pour assurer l’emploi et une progression des revenus.
Il faut se rappeler le propos tenu par Georges Pompidou, alors Premier ministre, lors d’un entretien accordé à Pierre Viansson-Ponté le 20 janvier 1967, quelques semaines avant les élections législatives : Nous devons considérer l’emploi comme un problème permanent. En permanence il y en France un problème de l’emploi. En permanence on devra veiller à ce que l’emploi soit assuré aux Français. Ce n’est pas une question momentanée et pour laquelle nous allons trouver une solution défnitive. C’est un problème permanent et pour lequel il faudra une attention constante et, ne vous y trompez pas, le gouvernement et moi-même nous portons à ce problème une attention de tous les jours.
La France était alors au cœur des Trente glorieuses avec le plein emploi (le chômage commencera à augmenter à partir de 1967 ; cependant en 1968 le taux de chômage n’était que de 2,7%) et un taux de croissance moyen annuel du PIB en volume de 5,4%.

