- L’Afrique Réelle n° 137 (mai 2021)
Ce numéro comprend trois dossiers :
- Le Tchad après la mort d’Idriss Déby
- Génocide du Rwanda – La commission Duclert
- Bonaparte en Egypte
S’agissant du Rwanda et de la commission Duclert, Bernard Lugan note en préambule : Le Rapport Duclert « n’a pas vu que le génocide du Rwanda fut la conséquence de la démocratisation. Imposée par François Mitterrand en plein conflit, c’est elle qui a exacerbé les clivages ethno-politiques rwandais. Mais comment la « commission Duclert » aurait-elle pu le voir alors qu’aucun spécialiste du Rwanda n’en faisait partie…[1] ? La simple chronologie lui aurait pourtant permis de comprendre comment le drame s’est noué entre 1990 et 1994…
- Défense
- DSI – Défense & Sécurité Internationale – Hors-Série n° 77
Numéro spécial Turquie Quelles forces armées ? Quelle puissance ? Quelles ambitions ?
L’article introductif de Joseph Henrotin est intitulé : A la recherche de l’hégémonie en Méditerranée orientale.
Il note : Révisionniste, la posture stratégique turque interpelle : en une quinzaine d’années, Ankara s’est imposé comme une puissance active en Méditerranée orientale, mais pas uniquement. Le spectre des actions stratégiques turques est plus large et démontre l’existence d’une stratégie intégrale en bonne et due forme.
Figure aussi un entretien avec Tancrède Josseran : La puissance de l’entre-deux.
Il s’agit d’une analyse de la politique étrangère conduite par Recep Erdogan : Les six siècles de grandeur impériale constituent la source naturelle à laquelle s’abreuve l’islamo-conservatisme.
- RAIDS n° 418 – Mai 2021
S’agissant des SNLE, le sous-marin de troisième génération (SN3G) a été officiellement lancé lors de la visite de Florence Parly à DGA Techniques Hydrodynamiques. Le nouveau SNLE sera légèrement plus gros et plus long que les actuels SN2G et encore plus discret que ces derniers. En revanche le gabarit du missile M 51 n’évoluera pas.
- Le Monde – 4 mai 2021 – L’Egypte confirme l’achat de 30 avions de combat Rafale à la France
Cette vente suit celle de 6 avions neufs et 12 avions d’occasion (cédés par l’Armée de l’air française) à la Grèce. Et les prochains mois pourraient être fastes, espère Dassault Aviation : le Rafale est en compétition en Suisse, en Finlande et en Croatie.
- La société française face à des actes criminels et de délinquance sans cesse croissants
Dans toute société sévissent des individus qui nuisent à leurs semblables par des actes criminels ou de délinquance allant de la petite escroquerie jusqu’au crime. Cette criminalité au sens large relève de natures diverses : le cambrioleur qui profite de l’absence du propriétaire et qui évitera toute attaque contre l’intégrité des personnes, le pervers, criminel en série, le délinquant chevronné et calculateur…
Depuis quatre décennies au moins, la France est confrontée à une multiplication de la criminalité au regard de la situation qui avait prévalu dans les années cinquante et soixante. Certes, objecteront ceux qui par idéologie veulent limiter l’importance du phénomène, il n’y a là que l’impression subjective d’un sentiment d’insécurité et un effet médiatique. Ils se réfèrent à des périodes passées pour tenter de démontrer que la société présente ne serait pas plus criminogène. Ils citent, par exemple, le début du XXè siècle et les exactions de bandes criminelles. C’est oublier que la police disposait à l’époque de la latitude qui lui était nécessaire, que la main de la Justice ne tremblait pas et que le meurtre d’un policier ou d’un gendarme conduisait à l’échafaud.
Ces dernières semaines et ces derniers jours ont été marqués par des émeutes de quartiers, quotidiennes touchant maintenant le cœur des villes, l’assassinat par un islamiste de nationalité tunisienne d’une fonctionnaire du ministère de l’Intérieur, le meurtre d’une femme dans des conditions épouvantables par son mari franco-algérien et celui d’un policier à Avignon intervenant pour mettre fin à un trafic de drogue.
Ces faits ont été abondamment commentés par la presse écrite ou audiovisuelle, même si certains media (Libération, France Inter) ont tardé à mettre en exergue le meurtre du policier, laissant ainsi apparaître une gêne idéologique.
La nature de cette violence et son origine nécessitent, pour engager le processus qui conduirait à sa réduction, d’analyser sans a priori ce qu’elles recèlent.
A cet égard, l’article publié le 7 mai 2021 par Maurice Berger sur le site Atlantico (Policier tué à Avignon : quand la culture de la violence importée avec l’immigration s’hybride avec le néo-nihilisme occidental) est riche d’enseignements. Il faut rappeler que Maurice Berger avait déjà publié sur le site Figaro Vox trois articles sur le même thème : Maurice Berger : « Non, la violence gratuite n’est pas due à la ghettoïsation » – 15 novembre 2019 ; Maurice Berger : « La montée des violences en France est trop importante pour se contenter de déclarations indignées » – 26 août 2020 ; Rixes entre bandes rivales dans l’Essonne : « La nature de la violence a changé, mais pas nos lois » – 24 février 2021.
Dans son article d’Atlantico, Maurice Berger observe tout d’abord : La fréquence des actes de violence est en hausse. Les coups et blessures sont passés de 222 861 en 2017 à 240 215 en 2018, et 260 475 en 2019, et les agressions sur les médecins de 512 en 2009 à 1084 en 2019. Quant aux agressions effectuées sur les personnes dépositaires de l’autorité publique, elles étaient de 15 500 en 2000 et 38 500 en 2019.
Le pédopsychiatre y voit, au vu des auteurs de ces actes de violence, un phénomène culturel : … nous sommes face à la conjonction de deux processus destructeurs…
D’un côté, une partie de la population d’origine extra européenne a un fonctionnement patriarcal sous la forme de mariages précoces, forcés, de violences conjugales, de surveillance de la femme dans l’espace public, d’excision, de polygamie. Ce fonctionnement a souvent une dimension clanique au sens où le groupe familial est un corps dont chaque individu est un membre, sous l’autorité d’un patriarche. Dans une telle famille clanique, le mode de pensée est indifférencié, le but n’est pas qu’un sujet pense par lui-même car son identité est d’abord d’appartenir au groupe.
Face à cela, nous nous sommes désarmés de deux manières. Moralement, à cause de textes légaux inadaptés. Physiquement, en l’absence de volonté de construire des lieux réellement contenants de la violence. Nos lois pénales opposent sanction et éducation, or la sanction fait partie de l’éducation, elle n’est en effet pas une répression au sens d’un interdit de penser, mais une aide à la répression des pulsions destructrices…
A travers un exemple particulier, Maurice Berger montre la notion d’impunité qui imprègne l’esprit de ces délinquants qui ont parfaitement intégré la rupture juridique décidée par le Conseil constitutionnel le 22 septembre 2016, indiquant que « l’exécution provisoire d’une peine d’emprisonnement prononcée à l’encontre d’un mineur est contraire au relèvement éducatif et moral des mineurs délinquants ».
Face à une situation en croissante dégradation où tout peut survenir, ce constat témoigne de l’exigence qu’il y a de transformer en profondeur le cadre juridique présent. Il s’agit de permettre au législateur sans qu’il n’y soit apporté d’entrave à quelque niveau que ce soit d’adopter toutes les mesures nécessaires à un rétablissement de la sécurité intérieure et de la cohésion sociale. Ceci recouvre, bien entendu, la politique de l’immigration. Pour disposer d’une légitimité nationale et internationale incontestable, la réforme devrait être soumise à référendum.
Il faut observer, à travers les propos qu’il a tenus, qu’Emmanuel Macron à une approche toute différente de celle de Maurice Berger. Dans l’entretien qu’il a accordé au Figaro, publié le 18 mars 2021, interrogé sur l’expression de privilège blanc qu’il avait précédemment employée, il a répondu : J’ai simplement dit, factuellement, que nous sommes dans une société où quand vous vous appelez Emmanuel Macron et que vous avez ma tête, vous avez plus de chance de réussir que le garçon qui s’appelle Nordine, par exemple, et qui est né en Seine-Saint-Denis.
Rappelons qu’il déclarait lors d’une réunion électorale à Lyon, le 4 février 2017 : Il n’y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Elle est diverse.
- Un net basculement à droite de l’électorat ?
- La victoire du Parti Populaire aux élections régionales à Madrid
Conduite par Isabel Diaz Ayuso, la liste du Parti populaire a réuni pour la région de Madrid, 44,7% des suffrages exprimés, remportant 65 sièges à l’assemblée régionale alors qu’elle n’en disposait auparavant que de 30. Le parti libéral Ciudadanos auquel le Parti Populaire était précédemment allié n’a obtenu que 3,6% des voix et n’a obtenu aucun siège alors qu’il avait 26 sortants. Le parti d’extrême gauche Podemos n’a réuni que 7,2% des suffrages soit 10 sièges. Ceci a conduit le responsable de ce parti Pablo Iglesias, de « quitter toutes ses fonctions » et « d’abandonner la politique » (Le Monde – 5 mai 2021 – Elections régionales à Madrid : Isabel Diaz Ayuso réveille la droite espagnole et déstabilise la gauche)… « La forte mobilisation a consolidé la victoire de la droite trumpiste et la présence institutionnelle de l’ultradroite », a-t-il regretté dans la soirée. « Quand quelqu’un cesse d’être utile, il doit savoir se retirer », a-t-il ajouté, considérant être « devenu un bouc émissaire qui mobilise les passions les plus obscures et les plus contradictoires avec la démocratie », en référence à la haine qu’il suscite chez une partie considérable de la population espagnole.
- L’étude de Fondapol (Fondation pour l’innovation politique)
Pour le compte de Fondapol, Victor Delage a rédigé un rapport intitulé : La conversion des Européens aux valeurs de droite – France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni.
En introduction, il présente une liste en 11 points des principaux enseignements qu’il tire de son étude. Parmi ceux-ci, il faut notamment retenir :
- En moyenne, dans les quatre démocraties étudiées, 39% des répondants s’autopositionnent à droite (entre 6 et 10 sur l’échelle), 27% à gauche (entre 0 et 4) et 20% au centre (5).
- L’autopositionnement à droite est en tête dans chacun des quatre pays de l’étude : 44% des Italiens se situent à droite (31% à gauche), 40% des Britanniques (25% à gauche), 38% des Français (24% à gauche) et 36% des Allemands (26% à gauche).
- Plus de la moitié des répondants (56%) pensent que leur pays doit se fermer davantage sur le plan migratoire , moins d’un quart (23%) s’ouvrir davantage et 21% prônent le statu quo. Les Français (63%) apparaissent comme les plus réfractaires à l’ouverture, devant les Allemands (54%), les Italiens (54%) et les Britanniques (53%).
- Alors que les seniors sont réputés voter traditionnellement plus à droite que les jeunes, nos données montrent que les nouvelles générations sont les plus nombreuses à s’autopositionner à droite. Dans l’ensemble des pays, 41% des 18-24 ans et 41% des 25 -34 ans se positionnent entre 6 et 10 sur l’échelle, soit un niveau comparable à celui des 65 ans et plus (40%) mais supérieur de 5 points à celui des 50-64 ans (36%).
- En France, 62% des citoyens estiment que l’Islam représente une menace pour la République.
Victor Delage a accordé notamment deux entretiens à la presse :
- à Figaro Vox, le 6 mai 2021 intitulé : « On assiste à une droitisation de la jeunesse européenne »
- à Atlantico, le même jour : A droite toute : l’étude de la Fondapol qui souligne le décalage grandissant entre les attentes des électeurs européens et la réalité de l’offre des partis.
Dans son entretien à Figaro Vox, Victor Delage observe :
- Si l’identification à une idéologie politique, de gauche comme de droite, constitue une orientation électorale, elle représente aussi un univers de croyances individuelles. La forte adhésion des individus au libéralisme économique est un premier indicateur majeur de droitisation. Ainsi, pour faire face aux difficultés économiques, 54 % des répondants considèrent qu’il faut que « l’État fasse confiance aux entreprises et leur donne plus de liberté ». Les petites et moyennes entreprises font d’ailleurs partie des institutions qui suscitent le plus de confiance.
- L’écologisme punitif et de la décroissance ne prend pas dans l’opinion, puisque trois quarts des personnes interrogées estiment que l’« on peut continuer à développer notre économie tout en préservant l’environnement pour les générations futures».
- Dans les quatre pays de l’étude, l’immigration est sujette à d’importantes résistances, voire à une vive hostilité… Les sociétés d’accueil sont d’autant plus préoccupées que ces flux concernent particulièrement des migrants de culture musulmane.
Sur Atlantico, il remarque aussi : Soulignons que les valeurs de l’individualisme suscitent une vive adhésion. Plus de deux tiers des personnes interrogées (67 %) estiment en effet qu’« en faisant des efforts, chacun peut réussir ». Une importante majorité des répondants se situant à gauche (58 %) de l’échiquier politique abonde dans ce sens, même ils sont bien sûr plus nombreux à droite (71 %).
Une France donc à droite mais qui suggère une réflexion à Barbara Lefebvre publié dans Figaro Vox, le 4 mai 2021 : Barbara Lefebvre : « Puisque la France est à droite, reste à savoir laquelle ! ». Cette réflexion a pour cadre les tentatives d’alliances partisanes à la veille des élections régionales entre La République en Marche et des élus Républicains en quête d’un renouvellement de mandat ; en l’occurrence les dernières péripéties politiques en région PACA.
D’emblée, l’essayiste observe : La France aime tellement la droite qu’elle en a trois : LR, LREM et RN. On sait que du point de vue historique il n’y a ici rien de neuf. Après 1789 et jusqu’en 1815, se constituent trois droites qui vont rythmer la vie politique nationale jusqu’en 1870 : légitimiste, orléaniste, bonapartiste. Soulignant que ces trois droites ont bâti la France postrévolutionnaire et que leurs métamorphoses sous la IIIème République ne détruiront jamais ni leur attractivité politique, ni leur capacité à forger les imaginaires collectifs.
L’essayiste dresse alors un bilan :
- De l’unité gaulliste forgée en 1940 et maintenue jusqu’à l’élection de Giscard d’Estaing, il ne reste plus rien sinon une figure quasi mythologique, celle du Général, qu’on invoque comme une divinité, voire un messie, dont on sait qu’il ne reviendra jamais. La droite gaulliste, qui avait réussi à combiner les trois droites le temps d’un instant pour fonder la Ve République, a disparu avec son incarnation en 1969.
- S’il ne reste rien de la droite légitimiste, la droite orléaniste est aujourd’hui parfaitement incarnée par le macronisme (comme hier par le giscardisme) dont l’idéologie et l’actio rappellent tant la monarchie de Juillet du roi citoyen.
- La droite bonapartiste, quant à elle, est incarnée par le Rassemblement National, savant mélange de populisme et d’autorité régalienne puisant aux sources de cette inquiétude constante des Français : la quête éperdue de l’unité nationale.
Analysant la situation présente, Barbara Lefebvre rejette l’idée que la France se gouverne au centre comme le pensaient certains après l’élection d’Emmanuel Macron : La France n’a jamais avancé quand elle était gouvernée au « centre ni-ni » (appelé de nos jours « et en même temps »), elle a toujours avancé quand elle était dirigée par des gouvernants ayant une colonne vertébrale idéologique lisible, de droite ou de gauche. Evoquant donc l’alliance en PACA entre LR et LREM (ce qui peut être considéré comme un centre droit), elle distingue une ligne de partage entre :
- ceux (chez LR) qui pensent que la politique économique est la priorité pour redresser le pays et que tout en découlera naturellement. Ceux de LR sur cette position sont très libéraux, anti-étatistes, favorables à l’austérité surtout si elle frappe les services publics. C’est aussi la vision d’Emmanuel Macron.
et
- ceux (chez LR) qui pensent que la politique civilisationnelle est prioritaire. Sans redonner aux Français l’espoir proche de refaire nation commune dans la paix et la sécurité, il n’y aura pas de réussite durable, estiment-ils.
Il en découle la question d’un éventuel rapprochement entre le courant LR civilisationnel (il réunirait un tiers des élus) et le Rassemblement national. Marine Le Pen est-elle en telle position de force qu’elle peut aspirer ce courant ?
S’il s’agit là d’une question, il convient néanmoins d’observer qu’à ce jour une telle aspiration paraît très improbable mis à part le ralliement de quelques élus. L’avenir tient plus en ce domaine à une incarnation à travers une personnalité charismatique susceptible de créer une dynamique politique rassemblant à la fois des catégories supérieures soucieuses d’un progrès économique mais fortement préoccupées par le délitement de la société et des classes populaires en perte d’identité culturelle et matériellement délaissées.

