Si, au vu des enquêtes d’opinion, l’épidémie de Covid 19 et ses conséquences demeurent toujours la première préoccupation des Français, celle-ci ne paraît plus exclusive comme ce fut le cas au printemps 2020. Certes les incertitudes par rapport à l’avenir sont encore fortes, les décès ne cessent d’augmenter et les séquelles dues à la maladie représentent une proportion non négligeable des personnes l’ayant développée. Les 100 000 décès pourraient être atteints au milieu du printemps (la grippe saisonnière provoque, en moyenne, la mort de 10 000 à 15 000 personnes par an). Parmi les nombreux articles et études relatifs à l’épidémie, deux d’entre eux touchant à la mortalité méritent d’être relevés : sur Atlantico, d’une part, le 8 mars 2021, 16 années de vie perdues en moyenne pour les morts du Covid-19 : les dérangeantes leçons de l’étude sur 1,28 millions de décès dans 81 pays par Claude-Alexandre Gustave (article aux conclusions proches de celui publié sur le site Les Crises.fr, le 22 mai 2020, Coronavirus : 13 années de vie perdues en moyenne pour les personnes décédées du Covid-19 selon une étude) ; dans Le Monde, d’autre part, le 6 mars 2021, La pandémie de Covid-19 « a effacé des années de gain d’espérance de vie ». Outre le point hebdomadaire sur l’épidémie d’Olivier Berruyer publié sur le site Les Crises.fr (Covid-19 : grave situation en Île-de-France et dans le Nord sous la pression des variants – 12 mars 2021), un autre article suscite l’intérêt puisque la thèse avancée est à l’inverse du discours habituel. Il s’agit d’une réflexion sur l’hôpital et ses disponibilités : Pour en finir avec le mythe de la diminution des lits de réanimation imposée par une doxa néo-libérale d’Eric Verhaeghe publié sur Atlantico et daté du 11 février 2021.
► Une insécurité croissante
Phénomène virologique, extérieur à la volonté humaine dans ses origines (sauf à ce qu’il apparaisse une cause accidentelle liée à des travaux menés dans un laboratoire) et dans son évolution intrinsèque si ce n’est les mesures de prévention mises en place par les gouvernements, l’épidémie, dans l’information quotidienne, laisse pour partie la place à l’inquiétude que suscite l’aggravation des actes de violence dans leurs différentes formes et la propagation au sein de l’Education nationale de l’idéologie d’une extrême gauche révolutionnaire, tremplin de l’islamisme. Dans un article du Monde du 10 mars 202, intitulé Emmanuel Macron bousculé par les violences entre adolescents, il était observé En septembre 2020, déjà, la « lutte contre la délinquance » constituait leur principale préoccupation (70 %), juste derrière la santé (82 %) et l’action à mener contre l’épidémie (78 %). « Cela n’avait pas été aussi haut dans notre baromètre depuis mars 2002 », relève Frédéric Dabi de l’IFOP. Mars 2002 précédait de quelques semaines l’élection présidentielle où Jean-Marie Le Pen accéda au second tour. Depuis lors, la situation en termes d’ordre public n’a de cesse de se dégrader. Son analyse nécessite de s’inscrire dans une réflexion qui dépasse la seule criminalité pour y inclure l’élément essentiel que constitue le cadre idéologique auquel la société française comme d’autres sociétés occidentales sont soumises.
Outre un fait criminel particulièrement odieux, l’assassinat d’une jeune adolescente par deux autres adolescents (fait pour lequel les informations actuellement disponibles rendent tout commentaire prématuré), l’actualité offre concomitamment l’image des affrontements entre bandes et les émeutes de quartiers d’une part et la mainmise idéologique de ce qui est dénommé l’islamo-gauchisme au sein de l’Université comme en témoigne la vindicte publique dont ont été victimes deux enseignants de Sciences-Po Grenoble, d’autre part. Ce dernier évènement ne fait qu’ajouter à la détresse exprimée par plusieurs professeurs de l’enseignement secondaire dont Jean-Pierre Obin, ancien inspecteur général de l’Education nationale, a parfaitement exprimé les raisons lors de son audition, le 10 mars 2021, par la Commission, de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat.
► Une remarquable synthèse du cadre idéologique dominant
Il n’existe probablement pas de meilleure synthèse à ce jour du cadre idéologique qui imprègne les sociétés occidentales que celle présentée par Eugénie Bastié sur Figaro Vox, le 25 février 2021, Théorie du genre, décolonialisme, racialisme… Ces nouveaux dogmes qui veulent s’imposer en France. Elle rappelle que l’expression d’islamo-gauchisme fut inventé par Pierre-André Taguieff. Celui-ci accordant un entretien à l’hebdomadaire Marianne au sujet de l’enquête diligentée par Frédérique Vidal suggère que cette enquête soit élargie au « statut des fausses sciences sociales calquées sur l’idéologie décoloniale, la “théorie critique de la race” et l’intersectionnalisme». Ce néo-gauchisme, comme elle le nomme car il reprend certains éléments du gauchisme culturel des années 1970 en le radicalisant se traduit globalement par l’abandon de la question sociale au profit de la politique des identités, du paradigme de l’exploitation pour celui de la domination, de la centralité des classes populaires vers celles de minorités sexuelles, religieuses ou ethniques, et la centralité de la race et du genre dans la recherche. Bien sûr, elle y voit le rôle majeur exercé par la French Theory. Eugénie Bastié identifie ensuite les axes de ce néo-gauchisme, largement inspiré par le mouvement d’idées qui domine les universités américaines à la base de l’actuelle gauche américaine.
Il s’agit :
- des théories de la race et du genre
- de l’antiracisme politique
- du « wokisme » : il désigne à l’origine le fait d’être woke, en argot « éveillé », c’est-à-dire d’avoir pris progressivement conscience du caractère structurel des discriminations que subiraient les minorités sexuelles et raciales. Être woke, c’est avoir conscience d’être un dominé ou un dominant, et agir en conséquence.
- de l’islamo-gauchisme : Eugénie Bastié expose les différentes sources de l’islamo-gauchisme. Parmi celles-ci, d’un point de vue doctrinal, il faut souligner l’apport de Chris Harman, militant trotskiste britannique et membre du Socialist Worker Party, qui écrit en 1994 un texte qu’on pourrait considérer comme fondateur de l’islamo-gauchisme, intitulé « Le Prophète et le Prolétariat ». Il s’agit de la recherche d’un prolétariat de substitution.
- du décolonialisme : lancé par Edward Saïd et son ouvrage fondateur L’Orientalisme en 1978 (qui présente la manière dont l’Occident a « construit » culturellement une vision fantasmée de l’Orient pendant la colonisation), et avant lui par Les Damnés de la terre de Frantz Fanon, le post-colonialisme, qui ambitionne de déconstruire l’héritage culturel laissé par la colonisation, n’a cessé depuis de progresser au sein des sciences sociales occidentales.
- l’intersectionnalité : ce concept jargonnant a été inventé par l’afro-féministe américaine Kimberlé Williams Crenshaw, en 1989, pour désigner la triple oppression que subiraient les femmes afro-américaines en tant que femmes, noires et pauvres.
L’intersectionnalité concept capital pour appréhender ce cadre idéologique
Ce concept d’intersectionnalité est capital pour offrir une cohérence à une pensée de la société articulée autour de revendications de groupes minoritaires qui non seulement convergeraient mais surtout se superposeraient refoulant de ce fait les conflits de valeurs entre ces groupes. C’est toute la différence avec le marxisme, par exemple, fondé sur l’opposition entre classes sociales, une bourgeoisie dominante exploitant le prolétariat. Se situant sur le terrain de la lutte des classes, il présentait une cohérence interne et ses déclinaisons qu’il s’agisse du léninisme ou de celle de Gramsci ne la contredisaient pas. Elles adaptaient la doctrine a un contexte.
A l’instar d’autres idéologie, une pensée à caractère totalitaire
Si d’une manière quelque peu triviale, cette pensée de la défense des minorités et de leurs droits, pensée de la déconstruction à un aspect ramasse tout, précisément parce qu’elle vise à la déconstruction de la société, elle a en commun avec d’autres idéologies le caractère totalitaire. En l’occurrence, ce caractère recouvre une expression apparue au sein des universités américaines : la cancel culture ou culture de l’annulation.
L’influence des universités et de la gauche américaines
Si l’influence exercée par l’Amérique et ses universités dans la diffusion de cette pensée au sein des sociétés occidentales est une thèse largement admise, il n’empêche qu’elle a ses détracteurs. En témoigne notamment un article de Zineb Dryef publié par Le Monde le 21 décembre 2020 : Genre, identités, cancel culture… Le fantasme du péril américain. Zineb Drief se réfère à François Cusset, par ailleurs auteur d’un remarquable essai sur la French Theory, pour lequel « Cela fait quarante ans que l’élite intellectuelle nous fait le coup de l’américanisation. »… l’intersectionnalité, dont on semble croire qu’elle est une idée américaine. Cet intérêt pour l’analyse croisée des questions de genre, de classe et de race est mondial… « Le plein déploiement de ces “studies” est lié au fait que l’université américaine est un hub mondial. » Le propos tend à convaincre que cette pensée ne relève nullement d’une quelconque idéologie née dans quelques cénacles intellectuels d’outre-atlantique mais qu’elle ne serait que la traduction de réalités mondialement observables. Il est évident que si l’on souscrit à la vision de la société ainsi proposée et à sa nécessaire déconstruction toute forme de dogme ne peut qu’être réfutée.
► L’islamo-gauchisme
L’axe le plus enclin à conduire à une déstabilisation politique par l’exacerbation de passions minoritaires est celui qui touche au racialisme au sens large avec le décolonialisme et l’islamo-gauchisme. Ce dernier a notamment été dénoncé par Madame Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement supérieur qui a confié une enquête sur le sujet au CNRS.
Deux articles publiés sur le site du Figaro (Figaro Vox) rappellent les liens entretenus depuis un siècle entre une certaine gauche et l’islam puis l’islamisme. Pour Maroun Eddé (La gauche et l’islam : chronique d’un malentendu historique – 28 février 2021) Du Congrès de Bakou au soutien de Sartre et Foucault à la révolution iranienne, en passant par la guerre d’Algérie et la cause palestinienne, de nombreux penseurs de gauche ont parié sur le réveil religieux pour favoriser la révolution… en 1920, lors du Congrès de Bakou. L’URSS convoque plus de 2000 délégués arabes, turcs et iraniens dans le but de trouver ensemble le moyen de « renverser les capitalistes français, anglais et américains ». L’auteur évoque Frantz Fanon, grand philosophe de la décolonisation, explique qu’il faut distinguer la religion dominante – le christianisme, qui renforce l’oppression – et la religion dominée – l’islam, qui peut libérer les « damnés de la terre »… et aussi Jean-Paul Sartre qui déclare que s’il devait adopter une religion, ce serait celle de ce dernier. Cette alliance improbable se répand, chez les « islamo-progressistes » palestiniens, ou encore des militants de gauche iraniens, qui ont fait le jeu de l’ayatollah Khomeyni. Sa révolution islamique sera même louée par Sartre et Foucault comme une révolution « progressiste » utilisant « la spiritualité comme force politique ». Olivier Vial (« Derrière les accusations d’islamophobie à l’IEP de Grenoble, les méthodes des Torquemada du politiquement et scientifiquement correct » – 8 mars 2021) après avoir rappelé aussi le congrès de Bakou (Dès 1920, Lénine organise à Bakou une conférence des peuples d’Orient au cours de laquelle un « appel au djihad » est lancé par Sultan Galiev contre l’impérialisme) précise : Cette alliance sera à nouveau théorisée au milieu des années 1990 par Chris Harman, un responsable trotskiste, dans son livre « le prophète et le prolétaire ». Par la suite, Tariq Ramadan incarnera cette alliance à l’occasion du Sommet européen de Londres.
Si, dans Le Monde, au travers d’un article précédemment mentionné, le rôle déterminant exercé par les universités américaines dans la propagation de la pensée de la déconstruction est contesté, il n’empêche que le journal a publié deux tribunes d’universitaires américains condamnant la démarche du ministre français : « Si Frédérique Vidal repère des sorcières, il faut évidemment qu’elle les chasse » (2 mars 2021) de Steven L. Kaplan et Islamo-gauchisme : « Nous ne pouvons manquer de souligner la résonance avec les plus sombres moments de l’histoire française » (4 mars 2021), rédigé par un collectif dont fait notamment partie Judith Butler. Les membres de ce collectif écrivent notamment : Par ailleurs, les approches actuellement sous le feu de la critique ont été directement inspirées par quelques-unes des plus brillantes figures de la tradition philosophique, littéraire et sociologique française. Comme argument, ils avancent : Enfin, ceux qui gouvernent l’enseignement supérieur feraient mieux de chercher des solutions concrètes au problème de la discrimination raciale en France, plutôt que de se lancer dans une chasse aux sorcières contre des chercheurs. Ces universitaires américains paraissent bien enfermés dans des problèmes auxquels l’Amérique serait confrontée. A partir de là, ils cultivent ce qui peut être considéré comme un impérialisme idéologique ignorant apparemment que depuis fort longtemps des hommes de couleur venant d’Afrique ou d’autres territoires d’Outre-Mer ont participé au plus haut niveau à la vie politique française.
L’islamo-gauchisme dans l’enseignement supérieur : l’IEP de Grenoble
Le dernier avatar de cet islamo-gauchisme tient aux évènements survenus à l’IEP de Grenoble. Deux enseignants de cet établissement ont été publiquement et nominativement dénoncés par un syndicat d’étudiants. L’un avait émis des doutes sur l’opportunité d’insérer le terme d’islamophobie aux côtés de ceux de racisme et d’antisémitisme dans l’intitulé d’une journée entrant dans le cadre « d’une semaine pour l’égalité ». L’autre avait soutenu son collègue. Parlant de méthodes et les visées de ces petits Torquemada du « politiquement et scientifiquement correct », Olivier Vial souligne par rapport à ces méthodes : La force de ces activistes étudiants comme de ces universitaires est de savoir passer en un instant du statut de procureurs à celui de victimes pour fuir toute discussion et discréditer leurs adversaires.
L’islamo-gauchisme et les contraditions internes du « cadre idéologique »
Au regard d’une pensée fondée sur la défense des minorités et sur la lutte contre des discriminations présumées, cet islamo-gauchisme, c’est-à-dire une extrême-gauche qui emboîte le pas à l’islamisme comme arme de destruction de la société, est porteur d’évidentes contradictions, droit des femmes, droit des homosexuels… malgré le recours déjà souligné au concept d’intersectionnalité. L’extrême-gauche en mal de projet révolutionnaire depuis l’effacement du marxisme n’apparaît alors pour les mouvements islamistes qu’un auxiliaire momentané, destiné par la subversion culturelle à miner les résistances des sociétés d’accueil à leur encontre.
► Une absence de base populaire
Cependant, à la différence de la place tenue par le Parti communiste, il faut observer, ce qui est essentiel, l’absence d’un réel soutien populaire à toutes les théories qui prennent part à Ces nouveaux dogmes qui veulent s’imposer en France. L’islamo-gauchisme et autres pensées décoloniales, de la race et du genre n’ont guère de prise sur la population prise dans son ensemble. Il faut se rappeler que le Parti communiste dans les décennies qui suivirent la seconde guerre mondiale disposait d’une assise populaire significative(Jacques Duclos candidat du Parti communiste à l’élection présidentielle de juin 1969 – moins d’un an après l’invasion de la Tchécoslovaquie par les forces du Pacte de Varsovie – avait encore réuni au premier tour 21,7% des voix). Aujourd’hui, au vu des sondages d’opinion, la gauche, au sein de laquelle la composante social-démocrate est en plein affaissement, ne peut prétendre à l’exercice du pouvoir. Cette pensée composite de la déconstruction si elle gangrène, selon une expression entendue, l’Université et si elle agite certains milieux intellectuels, médiatiques et artistiques apparaît bien éloignée des préoccupations d’une majorité de la population et ne répond aucunement à celles-ci. Néanmoins, son expression qui se veut exclusive exerce des ravages au sein du système éducatif directement et indirectement. Directement, elle exclut toute réflexion critique à la base de toute formation intellectuelle. Indirectement, elle est largement responsable d’un abaissement du niveau à tous les degrés de ce système éducatif, obérant l’avenir dans un univers particulièrement compétitif où les puissances asiatiques, Chine d’abord mais aussi Japon, Inde et d’autres sont en progrès constants.
► Les désordres dans l’espace public
Dans ce contexte intellectuel délétère, les désordres se multiplient dans l’espace public, émeutes dans les quartiers où prédominent des populations issues de l’immigration, affrontements entre bandes venues pour la plupart de ces mêmes quartiers. Il faut compter aussi les agressions contre de paisibles citoyens ou contre ce malheureux journaliste, photographe qui opérait dans l’un de ces quartiers à Reims. Les images diffusées sur les réseaux sociaux montrant des policiers esseulés obligés de reculer ne peuvent qu’avoir le plus mauvais effet et, d’une certaine manière, un encouragement pour les délinquants et les criminels. Comme il a été rappelé, après la pandémie, l’insécurité constitue l’inquiétude majeure des Français. Le Monde dans un simple constat (Emmanuel Macron bousculé par les violences entre adolescents – 10 mars 2021) prolonge le titre de l’article par cette phrase : La droite dénonce une « guerre des bandes » et un échec du chef de l’Etat, qui peine à convaincre sur la question sécuritaire. Pour leur part, trois personnalités de la droite parlementaire (David Lisnard, François-Xavier Bellamy et Hervé Morin) ont rédigé un article publié le 7 mars 2021 sur le site Figaro Vox : « Un État tracassier avec les citoyens paisibles, et faible avec les délinquants : jusqu’à quand ? ». Il faut constater qu’exerçant le pouvoir la droite parlementaire n’a guère brillé par ses succès en ce domaine.
► A treize mois de l’élection présidentielle
Ces évènements qui se reproduisent constamment interviennent à un peu plus de treize mois avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2022. Sur le plan sanitaire, une approche optimiste permettrait d’espérer une amélioration sensible de la situation grâce à la campagne de vaccination. Cette amélioration qui suivrait une période de fortes restrictions imposées à la circulation des personnes pourrait se traduire économiquement par une reprise substantielle dans les premiers mois. Il est difficile aujourd’hui de mesurer les effets sur le corps électoral des errements du gouvernement depuis le confinement du printemps 2020.
En revanche, au vu de l’attitude du gouvernement face aux désordres publics, il n’existe pas de raison particulière d’envisager même une stabilisation relative à hauteur des incidents aujourd’hui observés. Pour une échéance à plusieurs mois, les sondages d’opinion n’ont qu’une valeur indicative. Si la gauche sauf évènement exceptionnel n’a aucun espoir, les candidats possibles à ce jour de la droite parlementaire sont nettement distancés alors qu’ils ont une carrière politique confirmée qui ne les rendent pas inconnus. Là aussi des évènements imprévisibles, il y en aura, sont susceptibles de bouleverser les positions. Néanmoins, la configuration présente place Emmanuel Macron et Marine Le Pen comme candidats retenus pour le second tour de l’élection présidentielle. S’agissant de la présidente du Rassemblement National, c’est probablement moins l’image que représente son parti qui jouerait en sa défaveur, une large partie de l’opinion publique souhaite un retour à l’ordre et une limitation drastique de l’immigration, que le crédit qui lui est accordé comme chef de l’Etat possible. Dans le domaine économique des évolutions récentes dans le propos ne masquent pas encore ce qui est considéré comme une faiblesse et l’émission réalisée avec Gérald Darmanin a montré aussi des difficultés dans le débat.
Quant à Emmanuel Macron, la présence face à lui de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle est probablement son seul atout pour espérer être élu pour un second mandat. Néanmoins, sa position sera nettement moins favorable qu’en 2017 car avant d’avoir un projet, il aura un bilan. Le résultat serait donc, dans cette configuration, plus incertain. Sans être élue, si Marine Le Pen approchait la barre des 50% de suffrages exprimés, la droite parlementaire serait confrontée à un problème d’existence. Il est tout à fait envisageable qu’à l’issue des élections législatives, la République En Marche ne réunissant pas une majorité parlementaire, une partie de la droite parlementaire accepte de former une majorité avec le parti présidentiel. Le Rassemblement National qui devra alors nécessairement changer de chef de file sera loin d’être affaibli.